Un jardin protecteur en hiver

Publié par Marie-Claire RAVE

Un jardin protecteur en hiver

Les animaux se débrouillent très bien sans l'homme, y compris l'hiver. Mais pour compenser un peu la biodiversité que nous leur avons soustraite, insectes, plantes et fruits sauvages, graminées, arbres morts, friches, mares, zones humides, nous pouvons les aider à affronter cette période de disette.

Un îlot de nature au milieu d'un océan de pesticides ?
Ne rêvons pas, protéger la faune dans son jardin est un devoir et un vrai bonheur, pourtant c'est une goutte d'eau dans la mer. Alors que 80 % des insectes volants d'Europe ont disparu en 30 ans, qu'un tiers des espèces d'oiseaux nicheurs en France sont menacées, que les agriculteurs ne peuvent plus vivre de leur métier, l'action politique est à la traîne, mais c'est une autre histoire.
Voici, en attendant, un aide-mémoire et des documentations fiables pour approfondir chaque sujet. Avant de se précipiter sur les rayons de nourriture pour animaux sauvages dans les jardineries, mieux vaut réfléchir à deux fois, car l’assistance peut être un piège. Sachez que, mieux que de la nourriture d'appoint, l’absence totale de pesticides et la reconstitution de son habitat sont la meilleure aide que nous pouvons apporter à la faune. 

Oiseaux

En fin d'automne, le nettoyage démange le jardinier. Pourtant, les oiseaux ont besoin des graines qui restent sur pied dans vos massifs. Attendez le printemps pour tout couper.
Si vous avez déjà mis à leur disposition des nichoirs, ils peuvent leur servir de dortoir pendant l'hiver. Videz et nettoyez ceux qui ont déjà servi pour éliminer les parasites.
Installez des mangeoires et des abreuvoirs, en les protégeant des prédateurs, notamment des chats. Dans les abreuvoirs, de l'eau PURE. Dans les mangeoires, de la nourriture adaptée, et surtout pas de pain, ni aux canards, ni aux passereaux, pas d'aliments sucrés ni salés. Évitez les trop grandes concentrations d'oiseaux car elles risquent de propager les maladies des pattes et les maladies en général. Pour la même raison, renouvelez l'eau tous les jours et nettoyez les mangeoires régulièrement. Préférez les matières inertes (céramique, métal…) et pensez bien que les graines tombées au sol et les fientes peuvent aussi propager les maladies, mieux vaut donc déplacer régulièrement les mangeoires, ou nettoyer le sol selon l'emplacement.
Planifiez la taille de vos haies afin d'éviter les périodes de nidification, l'antenne LPO de votre région sera de bon conseil. Autour de vous, faites connaître cette règle aux nouveaux propriétaires pressés de tout "nettoyer".
Pour l'hiver prochain, multipliez les abris, pour cela pensez à planter des grimpantes.

Les meilleures sources :
- la LPO (Ligue pour la protection des Oiseaux), ses antennes régionales ou départementales, et sa boutique
- la fiche "Comment nourrir les oiseaux en hiver ?" d'Ornithomedia, le site web de l'ornithologie
- les fiches "Les mangeoires des refuges" de l'Oiseau Libre.

Papillons, abeilles, etc.

Au Parc des Oiseaux à Villars-les-Dombes

Certains papillons passent l'hiver sous leur forme adulte, appelée l'imago, par exemple le citron.  Prévoyez des abris accessibles par des fentes.
Plus généralement, pensez aux abris à insectes, coccinelles, abeilles sauvages, perce-oreilles et autres auxiliaires du jardinier. Notez que les hôtels à insectes du commerce sont un peu illusoires car ils prétendent accueillir toutes les espèces indifféremment, alors que ce n’est pas le cas dans la nature ; les papillons ne cohabitent pas avec les abeilles sauvages par exemple. Préférez de petits abris très variés éparpillés dans le jardin : pots de fleurs remplis de paille, boîtes de conserve remplies de tiges de sureau ou de bambous, briques creuses... pour éviter l’aspect hétéroclite de ces abris, cachez-les dans les haies.
Si vous avez des projets de plantations, réfléchissez pendant les longues soirées d'hiver aux plantes qui  leur seront utiles à la belle saison et l’hiver prochain, ou feuilletez ce blog.

Les meilleures sources :
- Les Pages Entomologiques d'André Lequet
- le site (en allemand) de Werner David

Hérissons

Source Wikipedia

Ils hibernent.
Prévoyez des abris : on trouve de nombreux plans sur internet, et des idées ici. Il est aussi possible d'acheter des abris tout prêts. Dans l'idéal, ils comportent un couloir anti-prédateurs et une chambre, le tout isolé du sol et abrité de la pluie. Les hérissons les garniront eux-mêmes de feuilles.
Bien souvent, ils négligent les abris faits par l'homme, et préfèrent les haies ou les tas de bois dans lesquels vous réservez une petite place libre.
Attention, avant de balayer les feuilles ou de déplacer des tas de bois ou de déchets, ou, pire, de les brûler (ce qui est par ailleurs interdit par la loi), vérifiez que des hérissons n'ont pas élu domicile dedans. Vous risquez de les blesser ou de les tuer, au mieux vous les réveilleriez et ils seraient obligés de se nourrir à nouveau, justement à la période où ils n'ont rien à se mettre sous la dent.
Et toute l'année, évitez les pièges dans tout le jardin.
Si vous trouvez des bébés hérissons, ceux nés en automne, trop petits pour  passer l'hiver, contactez le Sanctuaire des Hérissons.

La meilleure source : le Sanctuaire des Hérissons  

Ecureuils

écureuil nourriture

Tels la Caisse d'Epargne, les écureuils constituent des réserves pour les temps difficiles, mais contrairement aux banquiers, ils oublient souvent où ils les ont cachées. Pour autant ils ne manquent pas de nourriture en hiver : noix et noisettes, champignons séchés au préalable, graines de conifères, châtaignes, faînes (fruits du hêtre), écorce, bourgeons.
Sauf hiver particulièrement froid ou épisode de neige prolongé, ils n'ont pas besoin de l'homme pour les assister. Le nourrissage contribue même à les mettre en danger en les rapprochant des maisons, donc des chats, et des routes.
En hiver, le meilleur moment pour les observer est la fin de matinée. Vous pouvez les attirer en leur offrant quelques noix, toujours à condition de ne pas les inciter à traverser une route et de bien les protéger des chats. A défaut, mieux vaut ne pas les nourrir, sachant que de toute façon ils viendront se servir de graines de tournesol dans les mangeoires des oiseaux.

La meilleure source : les fiches du Museum National d'Histoire Naturelle

Chauves-souris

Oreillard de Townsend (auteur inconnu)

Pipistrelle, barbastelle, sérotine, oreillard, murin, ont vu leur habitat dégradé et surtout leur nourriture éliminée par les pesticides. En outre, selon Vigie-Nature, elles sont décimées par l'accumulation de métaux lourds dans la chaîne alimentaire.
Pendant l'hiver, faute d'insectes à manger, elles hibernent dans diverses cavités hors-gel qui leur offrent l'humidité et la température spécifiques à chaque espèce : grottes et souterrains, bâtiments désaffectés, hangars, ponts et tunnels, arbres creux…
Avant tout, il faut éviter de les déranger pendant leur hibernation, car cela risquerait de les tuer en leur faisant dépenser beaucoup d'énergie et en les refroidissant alors qu'elles ne peuvent pas se nourrir. Si vous en découvrez l'hiver, éclipsez-vous.
On peut les aider en mettant à leur disposition des abris variés qu'elles occuperont à leur guise ou en leur laissant des accès aux dépendances de la maison.
On trouve des gîtes tout prêts à la boutique de la LPO. 
Vous pouvez aussi profiter de l'hiver pour observer les haies existantes aux environs et éventuellement planter en complément vos propres haies ou arbres, de façon à participer à une "trame verte" (voir Mystérieuse chauve-souris).

Les meilleures sources :
- les fiches de l'INPN, Inventaire National du Patrimoine Naturel,
- le programme Vigi-Chiro de Vigie-Nature, réseau porté par le Museum National d'Histoire Naturelle,
- une visite au Museum d'Histoire Naturelle de Bourges.

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