Mystérieuse chauve-souris

Publié par Marie-Claire RAVE

Le petit rhinolophe (photo Cindy Boni)

Le petit rhinolophe (photo Cindy Boni)

Non, les chauves-souris ne s’accrochent pas dans les cheveux ! Ce préjugé a la peau dure, alors que dans le même temps de nombreuses associations se mobilisent pour préserver cette famille menacée et protégée. La principale est la SFEPM (Société Française pour l’Etude et la Protection des mammifères), avec son groupe Chiroptères, relayée par les associations locales. En Bourgogne par exemple, le relais local est la SHNA, Société d’Histoire Naturelle d’Autun.

Les jolis noms et les drôles de têtes des chauves-souris
De leur nom scientifique Chiroptères ("qui volent avec les mains"), les 35 espèces de chauves-souris que l'on trouve en France se répartissent en quatre familles : les Rhinolophidés avec un nez en forme de fer à cheval, les Molossidés au museau de chien, les Minioptéridés au front bombé et les Vespertilionidés au minois de souris. Parmi ces familles, les pipistrelles, les murins, les oreillards, les noctules, les barbastelles, les rhinolophes… que vous retrouverez sur le site de la SFEPM.

Préserver leur habitat naturel
Vous aussi vous pouvez peut-être les aider. Ne rêvons pas, dans les régions de cultures bourrées de pesticides, sans insectes donc, et en milieu ouvert sans haies, c'est presque impossible. Ce problème dépasse bien sûr le cadre du petit jardin, où vous ne pouvez guère que bannir tous les produits phytosanitaires, reconstituer des abris et planter une haie.
Si en revanche, par votre exploitation agricole, votre métier ou votre engagement associatif ou politique, vous pouvez agir sur le paysage, pensez à préserver des haies et des bosquets riches en insectes, et à éviter les collisions avec des véhicules. Un document à usage des constructeurs de routes peut être utile pour s’informer, même s’il n’est pas applicable directement à l’échelle individuelle : Chiroptères et infrastructures de transport terrestre.

Le paradis de chauves-souris : du foin sans pesticides et une trame de haies et de forêts

Le paradis de chauves-souris : du foin sans pesticides et une trame de haies et de forêts

Connaître leur cycle de vie pour améliorer leur réseau d'habitats
Leur cycle de vie est rythmé par les saisons. En hiver, leurs ressources alimentaires, les insectes, sont pratiquement inexistantes, elles entrent alors en hibernation, à l'origine dans des cavités naturelles, grottes, avens, falaises, arbres creux, écorces détachés du tronc... mais elles se sont parfaitement adaptées aux cavités artificielles comme les greniers, les caves ou les ponts et tunnels. Au printemps la chasse reprend et elles recherchent des endroits chauds pour se reproduire en été. Dès que les jeunes sont émancipés, en automne, elles recherchent un site pour hiberner à nouveau.
Selon Laurent Arthur et Michèle Lemaire (voir "Sources" en fin d'article), "le cycle de vie des chauves-souris de nos régions implique un besoin de plusieurs habitats favorables au cours de l'année :
- un milieu aux conditions climatiques stables au cours de l'hiver pour l'hibernation ;
- un site d'été aux conditions adaptées pour la mise bas et l'élevage des jeunes ;
- des terrains de chasse où elles pourront trouver des proies en adéquation avec leur régime alimentaire ;
- des sites intermédiaires de printemps et d'automne où se font des échanges entre individus et entre sexes ;
- enfin, les axes de transit entre ces différents habitats."

chauves-souris petit rhinolophe hibernation
Grotte d'hibernation (photo Cindy Boni)

Les gîtes
Votre jardin et vos dépendances éventuelles peuvent être propices aux gîtes. Mieux vaut vous faire aider par des spécialistes pour améliorer l'accueil des chauves-souris. A titre d'exemple, j'ai eu une visite de la Société d'histoire naturelle d'Autun, qui effectuait des comptages. Voici les conseils qui m'ont été donnés.
D'abord les chauves-souris choisissent ou abandonnent les gîtes (d'hiver, d'été ou intermédiaires) en fonction des conditions climatiques : température, hygrométrie, luminosité. Elles modifient aussi leurs habitudes lorsque les sites sont modifiés par l'homme. Aussi plusieurs sites potentiels ont été recherchés ou repérés en profitant des dépendances qui se trouvent là, et ceci à toutes les expositions.
Ensuite, chaque site peut être perfectionné par de petits détails qui ne coûtent rien pour les aider à se suspendre ou se cacher.
Au nord côté forêt : créer un passage dans la porte d'accès aux combles de l'ancienne bergerie, ce qui n'est pas simple car le grenier est habité par des fouines.
A l'ouest, pas d'opportunité dans les bâtiments : poser un nichoir spécifique, à fabriquer soi-même ou à acheter à la boutique en ligne de la LPO (ce qui fut aussitôt fait).
A l'est : le dortoir existant dans une minuscule dépendance est simplement à préserver en laissant la porte ouverte. Prévoir un butoir pour empêcher la fermeture même en cas d'absence. Coût zéro.
Au sud : pas d'opportunité pour l'instant.
Dans les bâtiments : ménager une ouverture dans un ancien hangar et fixer des planchettes sur les poutres pour leur permettre de s'accrocher.
Ce ne sont que quelques exemples qui vous donnent une idée du faible coût, voire du coût nul, des améliorations. Elles ne sont pas forcément transposables, je vous conseille de faire intervenir les associations citées.

 

Divers gîtes à préserver ou améliorerDivers gîtes à préserver ou améliorer
Divers gîtes à préserver ou améliorer

Divers gîtes à préserver ou améliorer

Favoriser leurs terrains de chasse et leurs déplacements entre les gîtes
Les paysages diversifiés sont des terrains de chasse essentiels pour les chauves-souris : lisières, sous-bois, causses, zones humides…
Entre les sites d'hiver et les sites d'été, la plupart des espèces effectuent de petits déplacements de l'ordre de 50 km, d'autres pratiquent une véritable migration de 300 à 400 km. Une espèce de pipistrelle peut même parcourir plus de 1000 km.
Pour se déplacer, elles préfèrent suivre le maillage bocager. Elles se repèrent aux alignements végétaux. Une destruction des haies, même de quelques mètres, suffit à les désorienter. Pour pouvez préserver les haies qui existent chez vous, et même les compléter si des alignements d'arbres sont déjà présents à proximité. Vous pouvez aussi sensibiliser vos voisins et votre entourage sur la nécessité d'en faire de même.
Un des dangers qui guettent les chiroptères est la collision avec les véhicules, les attirer au bord des routes est donc un piège mortel. La solution est de planter à moins de 10 mètres de la route des essences qui n'attirent pas les insectes et donc les chauves-souris, par exemple des conifères. On réserve les essences attirant les insectes aux endroits éloignés de la route de plus de 10 mètres.

Veiller à les préserver lors vos travaux
Lorsque vous devez faire des travaux, quelques conseils.
1. Planifier vos travaux aux périodes pendant lesquelles les chauves-souris sont le moins vulnérables : hors périodes de mise bas et hors période d’hibernation, pour cela prévoir d'intervenir à l’automne, période durant laquelle les jeunes sont émancipés et les individus adultes ne sont pas encore entrés en hibernation.
2. Contacter une des associations protectrices des chauves-souris, citées dans Sources, pour éviter la destruction de sites favorables, ou pour améliorer les sites existants. D'une part l'intervention est gratuite, d'autre part il n'y a, dans la grande majorité des cas, aucun surcoût dans les travaux.
3. Utiliser des produits non toxiques pour le traitement des bois et charpentes.
4. Créer ou conserver quelques disjointements dans les murs.
5. Préserver l'accès aux combles ou aux caves.

Photo Cindy Boni

Photo Cindy Boni

Son utilité chez vous
Si vous hébergez des chauves-souris, elles vous offriront leur précieux guano. Ce sont leurs déjections, qui constituent un engrais très riche, à tel point qu'il est préférable de le mélanger avec de la terre avant de l'épandre pour éviter qu'il ne brûle des racines.
Ce guano peut être l'indice de leur présence même si vous ne les voyez pas. Il est facile à identifier car il est très friable et contient des paillettes brillantes, la chitine des insectes qu'elles ont consommés. La chauve-souris est en effet un redoutable chasseur d'insectes, très utile au jardin.

Le guano, un engrais très concentréLe guano, un engrais très concentré

Le guano, un engrais très concentré

 

Sources, informations complémentaires
Merci pour ses photos à Cindy Boni, qui veille sur une colonie de petits rhinolophes.
Lire aussi l'article Connaître les chauves-souris pour les protéger avec le Muséum d'Histoire Naturelle de Bourges
L'association spécialiste des chauves-souris : la SFEPM et son groupe Chiroptères
Le meilleur ouvrage sur les chauves-souris :
Les chauves-souris de France, Belgique, Luxembourg & Suisse, de Laurent Arthur et Michèle Lemaire, deuxième édition enrichie et mise à jour, 2015, éditions Biotope.
La meilleure exposition :
Le Museum d'histoire naturelle de Bourges
Un nichoir à chauves-souris à la boutique de la LPO
Les conseils sur place de la SHNA, Société d'histoire naturelle d'Autun
Un document sur la préservation des chauves-souris destiné aux décideurs des transports et aux entreprises de travaux publics : Chiropteres et infrastructure de transports terrestres, menaces et actions de préservation (22 pages)
A propos de la pandémie du Covid-19, lire mon plaidoyer Coronavirus, la chauve-souris coupable idéal
Les conseils de la LPO et sa proposition d’assistance personnalisée en cas de découverte de chauves-souris chez vous  (contacts, téléphone...) : Vivre en harmonie avec les chauves-souris
 

 

Photo Cindy Boni

Photo Cindy Boni

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