Pourquoi et comment laisser circuler la faune dans son jardin

Publié le par Marie-Claire RAVE

Pourquoi et comment laisser circuler la faune dans son jardin

Les animaux ont besoin d'un territoire propre à chaque espèce pour se nourrir, se reposer, se reproduire, et ils ont besoin de se déplacer d'une population à l'autre pour renouveler leurs gènes. L'une des causes de la perte de biodiversité est la fragmentation de leurs territoires. Destruction d'habitats, routes et autoroutes, voies ferrées, villes, agriculture intensive réduisent les territoires à peau de chagrin et les déplacements à un parcours mortel.

De la "théorie des îles" à la Trame verte et bleue
On constate que plus une île est petite et éloignée du continent, plus la biodiversité est faible. Plus elle est grande et proche du continent, plus la biodiversité est riche. Appliquée à tous les milieux terrestres et aquatiques de l'ensemble des continents, cette théorie se vérifie également : si les animaux ne peuvent plus se déplacer entre les morceaux de territoires qui leur restent, il ne peuvent plus accomplir l'ensemble de leur cycle de vie ni la régénération des espèces grâce au brassage des gènes, ce qui entraîne à terme la disparition des espèces concernées.
D'où l'idée, issue du Grenelle de l'environnement en 2007, d'une politique publique "Trame verte et bleue", c'est-à-dire la création en France de continuités écologiques permettant à la faune de circuler d'un territoire à l'autre, que ce soit sur la terre, dans l'air ou dans l'eau. Les propriétaires de jardins peuvent, à la mesure de leurs surfaces, limiter le fractionnement du territoire et faciliter les déplacements.

Un exemple de Trame verte et bleue : corridors écologiques reliant les réservoirs de biodiversité


Lesquels laisser circuler, lesquels tenir à distance ?

Il s'agit ici de la petite faune. Pas question de sangliers, qui peuvent vous retourner un jardin en quelques heures, ni de chevreuils, qui peuvent écorcer vos arbres. De plus, leurs territoires ont des dimensions telles que quelques jardins de plus ou de moins ne changeront pas leurs possibilités de circulation. A tenir à distance.

- Ne pas chercher à favoriser les espèces invasives, c'est le cas du raton-laveur, par exemple.
- Tenir compte des risques de maladies, c'est le cas du renard qui propage l'échinococcose en contaminant les végétaux poussant au ras du sol. et que l'on consomme crus, comme les fraises, la salade ou les radis. C'est aussi le cas du raton laveur qui peut être porteur de la rage ou de la maladie de carré. A tenir à distance au moins du potager, du poulailler et du compost.
- Les "sauvagines", fouines, putois, martres, belettes, sont des carnassiers, à tenir hors du poulailler.

- Les blaireaux font des dégâts visuels dans les pelouses, qu'ils retournent à la recherche de larves au printemps, mais ces dégâts sont généralement temporaires. Ce n'est que dans les cas de pullulation, comme en Alsace et en Lorraine, qu'il faut songer à les éloigner, et vu leur détermination ce n'est pas facile. Leur réseau gigantesque de galeries souterraines peut être creusé sous toutes sortes de barrières. 
- Les rongeurs comme les souris ou les musaraignes ne sont désagréables que dans la maison, à laisser circuler au jardin. Ce sont plutôt les campagnols qui ravagent les potagers. Les renards sont un bon moyen de les réguler.

- Les lièvres sont gourmands mais inoffensifs, ils ne creusent pas de terrier, les lapins de garenne, si. Dans les zones envahies par les lapins de garenne, notamment dans les terrains sablonneux qu'ils affectionnent et creusent frénétiquement, mieux vaut les éloigner du potager ou des cultures.
- Les amphibiens, grenouilles, rainettes, tritons, salamandres, sont totalement inoffensifs, certains quelque peu sonores au goût des urbains, ils ont eux aussi besoin de se déplacer d'un point d'eau à l'autre, et de leur habitat terrestre à leur habitat aquatique pour se reproduire.

Nombre d'animaux sont porteurs de tiques, même les plus inattendus comme les lézards. Il est conseillé de réserver aux aires de jeu et de repos une zone sèche, gravillonnée par exemple, car les tiques ont besoin d'une forte humidité pour survivre. Encore une fois, la prédation par le renards permet de limiter la prolifération des rongeurs, donc des tiques, et donc de lutter contre la maladie de Lyme. 
En résumé, sauf pullulation particulière à traiter au cas par cas (blaireaux, lapins...), l'idéal est de clôturer hermétiquement non pas l'ensemble du jardin, mais plutôt les quatre points stratégiques : le poulailler ou tout autre élevage, le potager, le compost, et de protéger l'aire de repos et de jeux. Pour la clôture extérieure, les matériaux peuvent être plus lâches pour permettre à la petite faune de circuler dans le jardin et d'un jardin à l'autre.

Les bonnes dimensions
En fonction de votre région, de votre sol, de vos priorités, de votre mode de vie, vous décidez de la taille des animaux que vous laisserez circuler. Voici la bonne "maille" de la clôture.
Les amphibiens (grenouilles, crapauds, tritons, salamandres) se contentent de moins de 10 cm.
Les sauvagines (fouines, putois, martres), les hérissons passent par un trou de 12 ou 13 cm selon les sources.
A partir de 13 cm, passeront les renards, les lapins, les blaireaux...
Les dimensions comprises entre 3 et 12 cm sont dangereuses pour les hérissons, car s'ils s'y engagent et qu'ils ne passent pas, ils sont incapables de reculer et se trouvent pris au piège. En résumé :


Quelques exemples
- Une clôture classique, sans fonction spécifique, peut être ajourée ou remplacée par une haie. Pour les jardiniers patients, une haie de saule vivant tressé est pittoresque mais gourmande en entretien.
- Une clôture brise-vue peut être surélevée de 12 cm au lieu d'être hermétique au niveau du sol.
- Une clôture défensive est par exemple constituée d'une haie d'épineux doublée ou non de grillage à large mailles, du grillage à mouton par exemple.
- Un mur existant peut être percé d'une petite ouverture au ras du sol.
- Un grillage très fin peut être découpé, avec ou sans matérialisation visuelle, comme le passage pour hérisson de  la LPO.
A noter - Le fil de fer barbelé est dangereux pour de nombreux animaux.
Dans tous les cas, consulter le PLU (plan local d'urbanisme).

Jardins de ville et jardins de campagne : des clôtures et des passages
Jardins de ville et jardins de campagne : des clôtures et des passages
Jardins de ville et jardins de campagne : des clôtures et des passages
Jardins de ville et jardins de campagne : des clôtures et des passages
Jardins de ville et jardins de campagne : des clôtures et des passages

Jardins de ville et jardins de campagne : des clôtures et des passages

Sources, informations complémentaires
Sur la Trame verte et bleue, une brochure éditée par le Ministère de la Transition écologique et solidaire

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article