Une mésange charbonnière au bec croisé, que se passe-t-il ?

Publié le par Marie-Claire RAVE

 


J'ai découvert cette mésange charbonnière dans le figuier, piochant ardemment de son bec dans une figue bien mûre. Elle semblait en pleine santé mais un peu bizarre. L'anomalie s'est révélée à l'agrandissement de la photo : un bec anormalement long et les deux mandibules courbes et croisées.

L'origine de l'anomalie
Parmi les nombreuses causes de déformation du bec des oiseaux, traumatisme, infection, pollution..., des études récentes ont mis en évidence le trouble de la kératine aviaire, AKD pour Avian Keratin Disorder. Les deux mandibules du bec sont composées d'une partie osseuse et d'une enveloppe de kératine. Cette enveloppe croît durant toute la vie de l'oiseau, et parallèlement l'oiseau l'use en s'alimentant et en frottant son bec sur les branches pour le nettoyer. 
Lorsque le fragile équilibre entre rythme de croissance et rythme d'usure est rompu, le bec s'allonge et les deux mandibules, toujours quelque peu courbées, finissent par se croiser.
Les causes de l'AKD ne sont pas parfaitement élucidées. Depuis la découverte de la maladie dans plusieurs régions du monde dans les années 1970 puis 1990, on a soupçonné une infection bactérienne, une grippe aviaire, une mycose, une exposition aux pesticides. On se penche désormais sur un virus, le Poecivirus, du nom de la mésange à tête noire Poecile atricapillus sur laquelle on a découvert le premier cas. Ce virus est encore mal connu, car il n'a jamais été isolé. On a constaté grâce à l'analyse génomique des becs infectés, que les oiseaux atteints présentent tous un même ARN viral, absent chez les oiseaux sains. A suivre.

Les risques pour les oiseaux
Les oiseaux atteints ont quelquefois des difficultés à se nourrir. Je remarque que cette mésange attaque facilement la figue mûre et en retire des lambeaux de chair, mais elle met du temps à conduire le morceau arraché vers le fond la gorge avec sa langue pour l'avaler.
Autre conséquence : les oiseaux affectés ne peuvent pas facilement lisser leurs plumes, ni les enduire de la cire protectrice et imperméabilisante qu'ils fabriquent (voir La balnéo des oiseaux, 4e §), leur plumage en est d'autant moins efficace pour le vol et la protection contre le froid.
Ils sont aussi pénalisés pour  la nidification, travail de précision, et la reproduction, car les oiseaux rejettent les partenaires potentiels qui présentent un bec déformé. De ce fait, certains experts pensent que l'épidémie tend à s'éteindre localement, les oiseaux infectés n'ayant pas de descendance. Néanmoins, le virus, observé d'abord en Alaska, puis sur tout le littoral ouest des Etats-Unis, s'est étendu sur l'ensemble de l'Amérique du Nord puis en Europe, où l'on a décompté plus de 30 espèces d'oiseaux touchées.

Publié dans Découvrir, agir, Oiseaux

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C
Je vais regarder mes mes oiseaux de plus près...<br /> Une galère de plus pour eux. On dit qu'ils se refilent des virus dans les mangeoires. je vais laver les miennes !<br /> Merci pour vos articles
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M
Bonne idée, merci pour eux.
A
Quel article intéressant ! Mais c'est bien triste pour les pauvres oiseaux infectés. J''observerai le bec des mésanges de mon jardin pour voir si ce n'est pas le cas ici.Merci beaucoup pour ce partage
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M
Merci !
©
Un article très intéressant. Encore un phénomène provenant d'outre Atlantique. Sait-on s'il existe une étude recensant l'AKD par régions françaises ? Merci.
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M
Pas à ma connaissance, le phénomène est semble-t-il trop récent.