Jardin de mousses, un coup de pouce à la biodiversité
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Agir avec la nature et non contre elle
Pourquoi chasser la mousse de la pelouse et des coins sombres à grands renforts de chaux et de scarification ? Contrairement aux végétaux qu'on apprécie dans les jardins, elles aiment les sols très humides, ombragés, acides et tassés. Si elles sont apparues chez vous, c'est que l'endroit ne convient pas aux autres plantes. Ne cherchez pas à lutter, exploitez le potentiel étonnant des mousses. Leurs qualités décoratives n'ont rien à envier aux gazons, leurs formes multiples qui sont autant de stratégies pour retenir l'eau réservent parfois de bonnes surprises.
Dans le Sud de la France ou en terrain calcaire, créer un jardin de mousse serait peine perdue. Quelques rares mousses poussant en milieu calcaire (Pleurochaete squarosa) ou dans le sable (les mousses des dunes, Tortula ruraliformis) ajoutées à d'autres plantes rases plumeuses (saxifrage, phlox mousse...) pourront donner une impression de paysage velouté .
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Les mousses et l'eau
Les mousses (ou Bryophytes) sont des plantes assez archaïques, apparues très tôt sur terre, utilisées par les humains depuis la préhistoire. Dépourvues de racines et de tiges (on dit qu'elles ne sont pas vascularisées), elles absorbent leurs nutriments dans l'air et dans l'eau par leurs "feuilles" et autres tissus. Quand il pleut, elles sont capables de stocker directement jusqu'à 12 fois leur poids en eau. Quand le temps est plus sec, elles restituent l'humidité très lentement. Même complètement desséchées elles sont capables de retrouver leur aspect initial au contact de l'eau : elles sont reviviscentes. Elles participent ainsi à la régulation de l'hygrométrie. Bien utilisées, elles peuvent devenir des alliées du jardinier.
Utilité pour la faune
Les mousses sont à la base de toute une chaîne aimentaire. Elles forment des coussins qui abritent une multitude de petits animaux. On peut en décompter des milliers dans un mètre carré : depuis les organismes microscopiques (tardigrades, nématodes, rotifères...) jusqu'aux espèces de quelques millimètres (acariens, coléoptères, collemboles...). Ils servent de proies à des micro-mammifères et des oiseaux insectivores. Les salamandres, carnivores opportunistes, y trouvent de petits mollusques et des larves d'insectes.
Ce petit peuple comprend aussi des prédateurs de ravageurs des cultures. Les mousses attirent par exemple les limaces, mais aussi les staphyllins qui régulent ces mêmes limaces.
Les mousses sont aussi les plantes hôtes non exclusives de papillons, comme la lithosie aplatie (Eilema complana).
Certaines mousses servent de matériau de construction pour les nids de nombreux oiseaux, comme les troglodytes mignons ou les mésanges.
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Ce que nous appelons "mousses" fait partie d'un groupe de plantes, les Bryophytes. Il comprend les mousses (au sens strict des botanistes), les hépatiques et les anthocérotes. |
Culture de la mousse
Les mousses se reproduisent
- par voie sexuée, avec fécondation : il n'y a pas de graines, mais des spores contenues dans de petites capsules perchées sur une soie,
- et par voie non sexuée, sans fécondation : des propagules (cellules isolées, groupes de cellules, fragments de "feuilles" ou de "tiges") se détachent de la mousse et engendrent un nouvel individu, clone de l'ancien.
Deux modes de multiplication en découlent pour le jardinier, outre la propagation naturelle.
En laissant faire
Sur un sol adapté, humide et ombragé, il suffit de ne plus lutter contre la mousse, elle prospèrera naturellement, quoiqu'un peu lentement.
Par "boutures" ou "semis"
On peut accélérer le processus : faire sécher diverses sortes de mousses, puis les réduire en poudre et saupoudrer la zone à garnir. Selon l'espèce, ce sont les spores ou les propagules, fragments de la plante-mère, qui seront les plus efficaces. Eviter le lessivage par la pluie. Pour cela, préférer un terrain plat ou bien exploiter les petits creux entre les racines des arbres par exemple. Sur les surfaces verticales, badigeonner de yaourt pour servir de substrat temporaire.
Par "transplantation"
D'abord éliminer la concurrence en désherbant la zone choisie. Aplanir le sol afin de bien y plaquer les "racines", bien le tasser car les bryophytes apprécient les sols compacts.
Prélever diverses espèces de mousse dans des jardins amis ou dans les bois.
Veiller au contact entre mousse et sol, ajouter un peu de terre autour pour éviter le dessèchement des bords.
S'il s'agit d'une surface minérale, badigeonner du yaourt et bien caler les coussins de mousse.
Arroser ou brumiser les premières semaines.
Attention, certaines espèces sont protégées, il est donc interdit de les prélever dans la nature, interdiction difficile à respecter lorsque l'identification est délicate et qu'on n'a pas de microscope sous la main. La solution : sur les 1000 espèces présentes en France, seules 14 sont protégées. Voici leurs noms, qui vous permettront, dès que vous trouvez une mousse inhabituelle, de remonter à partir d'une photo à leur dénomination botanique par recherche d'images sur internet :
- Bazzania trilobata
- Bartramia stricta
- Bryum cyclophyllum
- Buxbaumia viridis
- Campylopus oerstedianus
- Cololejeunea calcarea
- Conocephalum salebrosum
- Fissidens osmundoides
- Grimmia torquata
- Gymnomitrion revolutum
- Hedwigia integrifolia
- Hookeria lucens
- Sphagnum austinii
- Syntrichia montana var. calva
En cas de ressemblance même vague, mieux vaut s'abstenir.
Dans tous les cas, tenter l'expérience avec plusieurs espèces de mousses, car elles peuvent avoir des besoins relativement différents, et observer...
L'entretien se limite à un léger déherbage si nécessaire et à l'élimination des feuilles tombées qui risqueraient d'étouffer la mousse en l'empêchant d'absorber l'eau et la lumière. Un piétinement occasionnel est tolérable, éviter toutefois le piétinement répété ou intense.
Etant donné qu'elles sont reviviscentes, il est possible qu'elles se dessèchent en été, fort heureusement à la saison où l'oeil est attiré par les autres plantes. Elles revivront aux premières pluies.
Les mousses vivent souvent en symbiose avec les champignons, domaine qui encore peu exploré par les scientifiques. Vous n'êtes pas à l'abri d'une bonne surprise. Voici quelques exemples découverts dans les zones humides du jardin en lisière de bois.
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Rien à voir. |
S'inspirer de la nature et inventer son style
Créer un lien entre minéral et végétal
Patiner le béton, ourler des dalles, donner du caractère à un mur de pierre imparfait, animer les coins sombres... les mousses douces à l'oeil et au toucher végétalisent et font vibrer les coins impossibles.
Masquer ou à l'inverse mettre en valeur des bois morts
Comme dans les bois, la mousse peut transformer une vieille souche en coussins veloutés.
Transformer un bosquet ombragé et humide
Mieux vaut une belle mousse qu'un piètre gazon. Voir les jardins de mousse japonais sur le site nippon.com.
A la maison
Les revues ou sites de décoration et de bricolage vous apprendront l'art japonais du kokedama, la culture de plantes sur des sphères de mousse, ou de terrariums végétaux (sans animaux donc). Voir par exemple Comment faire un kokedama ? sur un site d'horticulteur.
Au-delà du jardin...
Mousses, tourbières et CO2
Au-delà du jardin, ces végétaux discrets sont essentiels dans le fonctionnement de nombreux écosystèmes, tels les tourbières. Constituées majoritairement de sphaignes, les tourbières acides accueillent des végétaux rares comme les plantes carnivores et de nombreux animaux. Elles fixent durablement dans la tourbe le CO2 responsable du réchauffement climatique, sous forme de carbone, ce qui contribue significativement à lutter contre l'effet de serre.
Résilience des forêts
Les mousses participent à la résilience d'écosystèmes comme les tourbières mais aussi les forêts. Par leur capacité à se dessécher et à renaître, les mousses font l'objet d'études sur les stratégies des plantes à résister au réchauffement climatique.
Elles sont indispensables au bon état des forêts. Elles colonisent toutes sortes de supports, même minéraux, où elles favorisent, durant leur vie et après, l'implantation de végétaux plus grands. "Lorsqu’une espèce de mousse s’installe dans un milieu, elle-même va se retrouver en concurrence avec d’autres espèces de bryophytes plus grandes. Au moment de sa décomposition, cette première espèce va créer une matière organique qui sera mise au profit du développem)ent d’autres plantes. Si l’on vulgarisait la chose, on pourrait appeler ça du terreau", affirme Mirham Blin, bryologue à l'Office National des Forêts (voir Sources).
Et pourtant, on pense souvent qu'elles sont néfastes aux arbres, par confusion avec les fruitiers qu'on débarrasse des mousses pour leurs effets négatifs indirects sur la production de fruits. Or elles ne gênent pas le développement des arbres, ne pénètrent pas dans les tissus, ne puisent pas dans la sève.
Les mousses, excellent bioindicateur
Les mousses sont capables d'accumuler les particules qu'elles absorbent directement par leurs "feuilles" et sont un moyen d'analyser les pollutions sur le temps long. Leur étude représente une aide à la décision pour l'action politique.
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L'absence de véritables racines et de système vasculaire expose directement les mousses aux variations du milieu. Ce sont des bioaccumulateurs qui réagissent rapidement aux pollutions transportées par la pluie. Les mousses fournissent ainsi des informations sur la qualité du milieu et ses changements. |
Sources, informations complémentaires
Sur la biosurveillance : Biosurveillance des Retombées Atmosphériques Métalliques par les Mousses (BRAMM) | PatriNat, centre d’expertise et de données sur le patrimoine naturel
Un article de l'Office National des Forêts : Les mousses, atouts indispensables de la biodiversité forestière
Un article sur les jardins de mousse japonais par Oishi Yoshitaka, docteur en agriculture de l'Université de Kyoto, spécialise en bryologie
Un article de Science-nature.fr : Plantes de milieux secs : les xérophytes
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