Graines humides aux mangeoires : attention à la trichomonose !
Cette maladie connue depuis longtemps chez les éleveurs de pigeons et dans le monde de la fauconnerie, le "chancre", s'est répandue en Europe au début des années 2000. Elle a touché principalement les fringilles, notamment les verdiers et les pinsons des arbres. La baisse spectaculaire des verdiers autour des zones où l'on nourrit les oiseaux a conduit les scientifiques à établir un lien entre nourrissage et trichomonose aviaire.
Ne songeons pas à soigner les oiseaux infectés, occupons-nous simplement de ne pas propager la maladie par notre comportement.
Le parasite responsable de la trichomonose aviaire : Trichomonas gallinae
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C'est un parasite microscopique, un protozoaire d'une dizaine de microns, Trichomonas gallinae, qui se développe dans les sécrétions buccales de l'oiseau. Il provoque des abcès jaunâtres qui empêchent l'oiseau de se nourrir et qui, à partir du jabot, peuvent envahir l'organisme, atteindre le foie, comprimer les poumons et conduire à la mort de l'oiseau.
Plusieurs symptômes sont visibles à quelques mètres. L'oiseau reste très longtemps à la mangeoire et tente d'avaler la nourriture, qui "ne passe pas". Quelquefois il ne peut plus fermer le bec. Il est affamé, amaigri, son plumage est ébouriffé, à l'aspect mouillé surtout autour du bec car l'oiseau bave. Il a des difficultés à respirer. On voit quelquefois des traces de diarrhée.
Quel est le lien entre nourrissage et contamination ?
De nombreuses maladies contagieuses sont liées à une famille ou une espèce. Les Colombidés par exemple (pigeons ramiers, pigeons bizets, tourterelles...) sont les hôtes privilégiés du parasite responsable de la trichomonose. Or les mangeoires favorisent la concentration d'oiseaux de plusieurs espèces qui ne se rencontrent pas habituellement dans le milieu naturel, ce qui facilite la transmission des bactéries, virus et parasites d'une espèce à l'autre.
Les différents modes de transmission de Trichomonas gallinae
- Des parents vers les oisillons : chez les Colombidés, principaux hôtes du parasite, la contamination des oisillons se fait via le lait de jabot et les sécrétions buccales.
- Entre adultes : la parade amoureuse est un mode de transmission potentiel.
- Par l'eau : cette voie de transmission intra-espèce est rendue possible lors d'abreuvements collectifs ou proches dans le temps par la survie du parasite dans l'eau, qui va de 10 minutes dans de l'eau distillée et jusqu'à 16 heures dans de l'eau enrichie en matières organiques.
- Par les mangeoires, abreuvoirs ou bains d'oiseaux dans les jardins : outre sa survie dans l'eau, Trichomonas gallinae peut persister dans les graines humides jusqu'à 24 heures, et jusqu'à 48 heures si les graines sont souillées par des matières organiques. La survie est nulle lorsque les graines sont sèches.
- Par la consommation d'oiseaux infectés : c'est le cas de rapaces, en élevage ou dans le milieu naturel.
Organiser le nourrissage pour limiter la propagation de la maladie
Si on choisit de nourrir les oiseaux (ce qui n'est pas une obligation car les oiseaux se débrouillent seuls), quelques mesures simples s'imposent.
- Préférer un jardin riche en nourriture naturelle l'hiver grâce aux végétaux : plantes à graines encore présentes l'hiver comme la cardère et la bardane, arbustes à baies à fructification tardive ou très précoce...
- En amont, stocker les graines dans un milieu parfaitement sec ; notons que d'autres maladies sont causées par la conservation de graines d'une année sur l'autre, comme les cacahuètes, à acheter en évitant les surplus.
- Eviter les graines humides, en distribuant juste ce qu'il faut pour la journée, voire la matinée, et en éliminant le surplus.
- Les surfaces horizontales favorisent l'accumulation de la salive, qui contient le parasite, préférer les silos où l'oiseau peut se servir sans contaminer les autres graines.
- Respecter une hygiène stricte en changeant l'eau régulièrement et en nettoyant les abreuvoirs, bains d'oiseaux et mangeoires avec un peu d'eau de javel diluée à 5 % ou un désinfectant spécifique ; bien retirer les fientes.
- Déplacer régulièrement les mangeoires de quelques mètres afin que les graines tombées ne s'accumulent pas au sol, ratisser le gravier ou nettoyer les terrasses.
- Disséminer la nourriture autant que la surface du jardin le permet, changer d'endroit chaque jour.
- Arrêter le nourrissage pendant trois semaines si on suspecte une trichonomose.
- Porter des gants pour toute manipulation : on n'a pas constaté de transmission de Trichomonas gallinae aux humains. Toutefois, toutes ces précautions limitent également la propagation de la salmonellose, qui peut se transmettre aux humains.
Signaler les oiseaux malades ou morts : l'importance des sciences participatives
Pour agir, les scientifiques doivent connaître les cas de maladie et de mortalité. Vous pouvez les signaler au réseau SAGIR, une organisation nationale de surveillance épidémiologique dédiée à la faune sauvage.
On peut également participer au comptage des oiseaux des jardins pour assurer le suivi des populations par espèces.
Sources, informations complémentaires
Thèse de doctorat de Stéphane Patard, soutenue le 6 décembre 2024 : Étude sur la trichomonose (trichomonas Gallinae) chez les Colombidés. Médecine vétérinaire et santé animale. 2024. dumas-04889358
Le réseau SAGIR pour signaler les oiseaux morts ou malades
Voir aussi :
Maladies des oiseaux : prévention
Maladies des pattes des oiseaux
Le virus Usutu
Nourrir les oiseaux : quand arrêter ?
Une haie pour les oiseaux
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