Offrir aux oiseaux des matériaux pour construire leur nid
Les nids des oiseaux contiennent de plus en plus de déchets synthétiques issus des activités humaines. Il nous appartient d'une part de les éliminer totalement du jardin (ficelles synthétiques, mousses diverses...), d'autre part de fournir en abondance aux oiseaux des matériaux encore plus intéressants pour eux.
Des herbes sèches
La structure des nids est majoritairement faite de brindilles, tandis que l'intérieur est garni de matériaux plus doux. Des herbes d'abord grossières puis de plus en plus fines tapissent le coeur du nid. Plutôt que de les entasser au compost en automne où elles pourriront, on peut en conserver au moins une partie dans un endroit abrité pour que les oiseaux les retrouvent sèches et saines au printemps. Les graminées décoratives peuvent être conservées sur pied l'hiver et coupées au printemps seulement, quand les premières pousses vertes apparaissent au coeur de la touffe.
De la mousse
Les mousses sont reviviscentes (voir Jardin de mousses, un coup de pouce à la biodiversité). Même très sèches elles peuvent regonfler et reverdir lorsqu'il pleut ou qu'on les humidifie. Les oiseaux utilisent cette propriété pour pomper l'humidité dans les nids, et quelquefois rejettent les brins de mousse après usage.
Des plumes
Un vieil oreiller ou un traversin qui n'est plus présentable contient un stock de plumes pour plusieurs années. Pour les mettre à disposition des oiseaux, les enfermer dans un silo à boules de graisse, une spirale faite maison en fil de fer ou un fouet à patisserie. Placer le tout à l'abri de la pluie, par exemple sous un avant-toit ou dans un arbre à feuilles persistantes.
Des poils de chien et de chat
Les études réalisées sur les nids de passereaux dans le milieu naturel révèlent le présence de poils de nombreuses espèces de mammifères, jusqu'à 28 retrouvées sur quelque 500 nids. On y trouve le plus souvent, dans l'ordre décroissant, des poils de chevreuil, de sanglier, de lièvre et de renard. Les nichoirs peuvent aussi contenir des poils variés : on a pu compter des poils de 11 espèces de mammifères dans des nichoirs de mésanges charbonnières.
Dans les jardins, le pelage des chiens et des chats risque de contenir des produits antiparasitaires contre les puces et les tiques. Or ils sont toxiques, notamment pour les oisillons qui n'ont pas encore de plumes. Le plus utilisé, le fipronil, est associé à une augmentation de la mortalité chez les oisillons au nid. Si on souhaite les utiliser, deux précautions à prendre : les prélever le plus possible à distance du dernier traitement puis les laver au savon noir et les sécher soigneusement.
Le problème est le même pour certains animaux d'élevage, comme les moutons ou les chevaux, sachant que de toute façon les oiseaux prélèvent la laine et le crin directement sur leur dos ou sur les clôtures.
De la boue
Les hirondelles construisent leur nid en collant entre elles des petites boulettes de boue ramassées dans les flaques ou au bord des points d'eau aux berges naturelles. Or l'artificialisation des sols, surtout en ville, et le réchauffement climatique réduisent la boue disponible. C'est pourquoi les hirondelles visitent les jardins après la pluie pour y chercher de la terre humide.
Creuser et entretenir une flaque le temps de la contruction des nids permet de fournir de la boue juste au bon moment, entre mars et juin, et de laisser pousser de la végétation par-dessus après l'envol des jeunes. Attention, il peut y avoir une seconde nichée. Si c'est impossible, on peut remplir de terre humide un couvercle de poubelle renversé et bordé de mousse pour l'esthétique. Pour "tenir", la terre ne doit pas être trop sablonneuse, elle doit contenir majoritairement de l'argile. Les hirondelles rustiques consolident le nid avec des fibres végétales, foin ou paille, à mettre à leur disposition.
Pour des raisons encore inconnues, cet aménagement sera utilisé par les hirondelles... on non.
D'autres oiseaux en profiteront peut-être : la sittelle torchepot, qui fabrique un torchis pour réduire l'entrée d'un nid de pic abandonné, et la bergeronnette grise.
Des plantes aromatiques
Les oiseaux sont fins botanistes. Certains collectent des plantes qui jouent un rôle insecticide, bactéridide ou fongicide grâce à leurs composés aromatiques ou phénoliques. En ville, ils ajoutent même à leur nid des mégots de cigarette, or on sait que le tabac a des propriétés insecticides.
Leurs préférées sont, selon les régions, la lavande à toupet, la lavande dentée, le calament commun, la vergerette de Philadelphie, l'achillée de Ligurie, l'immortelle d'Italie, la carotte sauvage...
Accessoirement, les plantes aromatiques mellifères bénéficieront aux abeilles plus tard dans la saison.
On sait par ailleurs que des lichens, beaucoup utilisés dans les nids, entrent dans la composition de certains antibiotiques !
Des toiles d'araignée
Récupérez les toiles d'araignée de la maison et surtout des dépendances alors qu'il n'y en a pas encore beaucoup à l'extérieur, elles sont très utiles pour coller entre eux les divers matériaux de finition du nid.
Dans le registre des animaux utiles aux oiseaux, on trouve parfois dans les nids des fourmis écrasées, l'acide formique qu'elles contiennent ayant des propriétés antiparasitaires.
Pas de...
- laine : la laine tricotée ou à tricoter peut entraver les pattes des oisillons ;
- cheveux humains : ils sont trop solides et risquent de s'entortiller dans les pattes ou les ailes des jeunes, voire leur couper les doigts ;
- matériaux synthétiques : ils sont parfois toxiques et souvent coupants, à proscrire totalement au jardin.