Adorée de la faune, détestée du jardinier : la ronce
Les ronces ont donné à une foule d'insectes leur nom vernaculaire et/ou leur nom scientifique (rubi = de la ronce). C'est dire si les diverses espèces de ronce se sont fait remarquer au cours des siècles comme plante-hôte ou nourricière. Or c'est la moindre de ses qualités. Elle est intéressante douze mois sur douze pour la faune, dont les humains.
Avril : des opportunités pour la nidification
Les ronces, par leurs aiguillons acérés (des excroissances issues de l'épiderme des tiges, faciles à détacher, contrairement aux épines, qui sont un prolongement du bois donc inarrachables) se protègent contre les herbivores, et protègent les nids des oiseaux, en pleine construction, contre les prédateurs. Certains petits mammifères en profitent aussi pour y vivre et y construire leur nid, comme le muscardin.
Avril, c'est aussi l'apparition des feuilles.
Mai : développement des tiges pour les abeilles sauvages
Les nouvelles tiges très vigoureuses, qu'on appelle les turions ou les sarments, commencent à se développer. Elles ne fleuriront que l'année suivante mais elles sont déjà intéressantes pour les abeilles rubicoles (rubi, encore la ronce). Ce sont des abeilles sauvages qui, dès les premières fleurs printanières, vont pondre dans les tiges à moëlle comme la ronce et le sureau. Elles déposent chaque oeuf sur un "pain" de nourriture suffisant pour que la future larve puisse se développer jusqu'au printemps suivant.
Les dates de ponte varient avec les espèces d'abeilles. On peut les aider en coupant quelques tiges plusieurs fois dans la saison. La partie du sarment laissée sur pied accueillera peut être une ponte, et avec la partie détachée vous pouvez faire des fagots, en prenant des gants ou des pincettes, que vous fixerez sous un abri ou un avant-toit, afin d'observer les jeunes abeilles à leur sortie au printemps.
Juin : Développement du feuillage, apparition des fleurs mellifères
De nombreux mammifères de passage au jardin si vous leur laissez un accès se nourrissent occasionnellement de feuilles de ronce : les sauvagines (fouine, putois, martre), le blaireau, le renard. Dans les bois c'est le cerf et le chevreuil qui en consomment en masse.
Les fleurs sont mellifères, elles attirent les abeilles sauvages et domestiques. Ces dernières en font du miel de ronce, rare et recherché car peu de régions sont assez sauvages, avec suffisamment de haies, de sous-bois, de friches pour obtenir une production pure.
Le thécla de la ronce, un bombyx de la ronce en train de pondre sur une porte en chêne, le nacré de la ronce, l'hespérie de la ronce, l'herminie de la ronce et la phalène de la ronce.
Juillet - août : un afflux de papillons
Six papillons visitent si assidûment les fleurs de ronce qu'on les a baptisés "de la ronce" :
. le bombyx de la ronce (Macrothylacia rubi),
. le nacré de la ronce (Brenthis daphne),
. le thécla ou thècle de la ronce (Callophrys rubi),
. l'hespérie de la ronce (Pyrgus centaureae),
. l'herminie de la ronce (Herminia tarsicrinalis),
. la phalène de la ronce (Mesoleuca albicillata).
Sans compter d'autres insectes, le gros puceron de la ronce (Amphophora rubi), le puceron bicolore de la ronce (Macrosiphum funestum), le puceron à pseudogalle de la ronce (Aphis rubifolii), la tenthrède de la ronce (un hyménoptère, Arge cyanocrocea), le coroèbe de la ronce (un coléoptère, Coroebus rubi)... et tous les insectes qui consomment de la ronce sans en porter le nom, comme les phasmes. Elle est par exemple la plante-hôte des chenilles du minime à bande jaune (Lasiocampa quercus), de la petite violette (Boloria dia), de l'hespérie des sanguisorbes (Spialia sertorius), de l'hespérie du faux-buis (Pyrgus alveus), du nacré de la sanguisorbe (Brenthis ino).
Septembre - octobre : des mûres pour la faune, dont les humains
Les oiseaux ont besoin de consommer des fruits bleus ou noirs, car ils contiennent des anthocyanes, des colorants qui ont une activité antioxydante, très utile lors de la migration ou pour renforcer leur système immunitaire. Les mûres arrivent à point pour préparer la migration et affronter l'hiver.
La relation entre la ronce et les oiseaux est un duo gagnant gagnant, un bon exemple de mutualisme. Les ronces fournissent leurs fruits aux oiseaux, qui assurent la dissémination des graines non digérées après un passage dans leurs intestins. Le taux de germination des graines ainsi enrobées des déjections des oiseaux est doublé ou triplé par rapport à des graines tombées directement au sol.
Novembre à mars : des mûres séchées pour les granivores et des feuilles semi-persistantes pour les mammifères
Les feuilles de notre ronce commune sont semi-persistantes, elles restent sur la plante de manière variable en fonction de la météo, des variétés locales, de l'exposition et du sol. Elles sont réputées avoir des propriétés anti-inflammatoires, peut-être avez-vous connu la tisane de feuilles de ronce de nos grand-mères contre les rhumes et les petis désagréments de l'hiver.
Dans les forêts les chevreuils bénéficent aussi de ces bienfaits sans passer par la tisane.
Au jardin : ne pas se laisser envahir
Dans un coin déjà envahi, quelquefois depuis des années, la seule solution est de débroussailler pour accéder au centre des buissons et d'extraire les racines, en creusant aussi profondément que possible.
La ronce se marcotte spontanément : chaque sarment qui en se courbant touche le sol s'enracine et donne un nouveau pied qui à son tour se marcottera dans deux ans. Elle se sème également loin du pied grâce aux oiseaux qui consomment et digèrent les mûres avant de laisser tomber les graines non digestibles au sol. Pour garder une ronce dans une haie ou en arbuste isolé sans se laisser déborder, il suffit d'empêcher le marcottage et le semis.
. Dans la pelouse ou la prairie, tondre régulièrement, les ronces s'épuiseront.
. Dans les allées, désherber normalement en extrayant la petite racine.
. Autour du pied, apporter un épais paillage et utiliser une barrière racinaire comme pour les bambous.
. Dans les haies, où les semis prospèrent dans les racines des autres buissons, on ne peut pas toujours arracher les jeunes plants. Les couper au ras du sol avant que la racine ne soit trop implantée et poser dessus une pierre ou une brique pour empêcher la reprise. Agir une ou deux fois par an
Hors du jardin, son rôle écologique
Les ronces sont des plantes pionnières. Les ronciers, ces grands fourrés de ronces, sont utiles à la restauration des forêts et la recolonisation de zones abandonnées. En protégeant contre les herbivores les arbrisseaux nés sous les ronces, à l'abri du soleil direct et des intempéries, ils permettent l'apparition de sous-bois puis à terme, de grands arbres. Lorsque l'ombre devient importante, les ronces disparaissent.
Les ronciers, sont en outre un refuge protecteur pour les mammifères, comme les renards et les sangliers.
Sources, informations complémentaires
Voir aussi Aider les abeilles sauvages
Pourquoi et comment laisser circuler la faune dans son jardin
Une haie pour les oiseaux
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