La balnéo des oiseaux

Publié le par Marie-Claire RAVE


Bain classique dans l'eau, mais aussi bain de soleil, bain de poussière ou encore bain de fourmis, toutes ces pratiques des oiseaux ont de multiples fonctions, dont certaines ne sont pas complètement élucidées. Pourquoi et comment leur permettre de s'y adonner au jardin ?

Le bain classique
Pour se rafraîchir
Pas de glandes sudoripares, pas de sueur : les oiseaux ne peuvent pas compter sur la transpiration pour se rafraîchir l'été. Ils ont besoin de se baigner en cas de forte chaleur pour faire descendre leur température corporelle. Elle oscille normalement entre 41 et 42°, et peut aller temporairement jusqu'à 46° sans que l'oiseau soit mis en danger. Mais si la chaleur persiste, le bain aide à la régulation de la température.
Pour la toilette
Les oiseaux ont aussi besoin de se baigner toute l'année, sauf en période de grand froid, pour nettoyer leur plumage. D'abord ils mouillent leurs plumes pour les débarrasser des saletés accumulées, puis ils les lissent une à une afin de décoller les parasites, le sucre des fruits ou la boue. Le lissage permet aussi de remettre en ordre les barbules.
Pour l'entretien du plumage
Le bain sert aussi à l'imperméabilisation des plumes, car celles-ci doivent être humectées avant que l'oiseau les enduise, avec son bec, d'une sécrétion de consistance cireuse ou huileuse de sa fabrication. A cet effet il a près du croupion une glande, la glande uropygienne, qui sécrète cette cire protectrice et imperméabilisante.
Au jardin
Il est facile de mettre à disposition des points d'eau dans des récipients peu profonds, type soucoupe de pot de fleur, vasque en céramique, ancienne pierre d'évier ou abreuvoir à oiseaux du commerce.
. L'idéal est d'obtenir une profondeur variable de 3 à 10 cm pour s'adapter à tous les types d'oiseaux et pour permettre aux petits animaux tombés accidentellement de remonter au bord. Des pierres plates de différentes tailles disposées dans l'eau et au bord répondent à ces deux exigences.
. L'eau de pluie récupérée pour le potager est parfaite, sans aucun additif (ni sel ni alcool ni antigel, ni chlore).
. Le bain doit être disposé dans un endroit dégagé à l'abri des chats et autres prédateurs, loin de toute cachette, haie, muret ou branche basse, d'autant plus que le plumage mouillé alourdit l'oiseau et le rend plus vulnérable.
. L'eau doit être renouvelée tous les jours pour éviter la transmission des maladies et la prolifération des moustiques.
- Il vaut mieux multiplier les points d'eau pour limiter la promiscuité plutôt qu'un très grand récipient, à placer non loin de chaque robinet ou récupérateur d'eau par exemple.

Le bain de soleil
Dans toutes les régions du monde quel que soit leur climat, on observe de nombreuses espèces d'oideaux prenant des bains de soleil. Parmi les oiseaux qui fréquentent nos jardins, on y voit principalement les pigeons et les tourterelles, les merles, les hirondelles, les mésanges, les bruants, les alouettes, les fringilles (pinsons, chardonnerets...). Bien souvent les oiseaux gonflent simplement leurs plumes pour laisser pénétrer les rayons du soleil. Chez d'autres les positions adoptées sont variées, elles visent à exposer au soleil autant de plumes qu'il est possible : la spécialité des hérons est de se mettre à la verticale avec les ailes écartées et le ventre à l'air, celle des merles est de se poser sur le ventre, plumes gonflées, ailes et queue écartées, yeux écarquillés comme en extase, celle des hirondelles et des pigeons de se poser sur le ventre ou sur le côté en soulevant une des ailes... Et ceci pendant quelques minutes, voire un quart d'heure.
Le bain de soleil peut être collectif, ce qui permet une plus grande vigilance pour prévenir les attaques des prédateurs, soit entre congénères soit entre espèces différentes. Il peut aussi être solitaire.
Pour réguler la température
Le bain de soleil aide les oiseaux à réguler leur température. Leur métabolisme leur permet de maintenir une température corporelle presque constante, mais en cas de grand froid ou de chaleur excessive, ils exploitent le soleil pour absorber ou évacuer la chaleur.
En ville par exemple, le matin après une nuit froide, on observe les pigeons bisets groupés au soleil sur les corniches des façades Est des bâtiments. A l'inverse, en plein mois d'août, on voit les hérons immobiles dans les champs, ailes écartées en position d'épouvantail pour évacuer l'excès de chaleur, et les passereaux le bec ouvert pour se ventiler.
Pour sécher le plumage
On a observé que les jeunes mésanges sont particulièrement adeptes des bains de soleil, plus que les adultes, probablement parce que leur plumage n'est pas encore étanche, qu'il se détrempe plus et exige un séchage prolongé après la baignade ou le contact avec la rosée.
Pour se déparasiter
On suppose que le bain de soleil a également une fonction de déparasitage. En effet les tiques ou les poux craignent la chaleur excessive et, exposés au soleil, ils deviennent plus vulnérables et donc plus faciles à déloger avec le bec ou les pattes.
Pour produire de la vitamine D, indispensable au plumage
Comme les humains, les oiseaux ont besoin de vitamine D. Elle a en outre un rôle particulier dans l'entretien du plumage et dans la mue.
Le travail de lissage et d'imperméabilisation des plumes des plumes décrit au  paragraphe "le bain classique" grâce à la glande uropygienne permet de les rendre flexibles et d'inhiber la la croissance des bactéries. Il semble que le soleil d'une part stimule l'activité de cette glande et d'autre part favorise la synthèse de la vitamine D, précurseur de la sécrétion cireuse. 
Le soleil stimulerait également le développement des plumes, et grâce à son rôle dans le système endocrinien et le système nerveux, serait utile à la mue.
Au jardin
Pas d'installation particulière à prévoir, simplement de la tranquillité, car l'oiseau reste immobile quelques minutes.

Le bain de poussière 
Quand l'eau est rare, les oiseaux pratiquent le bain de poussière, appelé aussi saupoudrage ou bain sec, qui a une fonction proche du bain classique dans l'eau. On peut aussi l'observer même lorsqu'un point d'eau est disponible, comme chez les poules, les moineaux et les merles.
Photo les Oiseaux du Faucigny
La technique
L'oiseau choisit un sol friable et sec, comme un chemin de terre à la campagne, un bac à sable en ville ou un coin délaissé du potager. Il gratte le sol avec ses pattes pour former un petit creux (d'où l'expression "nid de poule"), qu'il agrandit en s'agitant, se balançant et frottant sa poitrine contre terre. Puis il remue la poussière avec ses ailes pour la répandre sur son plumage et la faire pénétrer jusqu'à sa peau en ébouriffant ses plumes. Il frotte quelquefois sa tête directement au sol.
Les oiseaux sont vulnérables pendant le bain, ils procèdent donc par courtes séquences répétées plusieurs fois, entre lesquels ils surveillent l'environnement, ce qui leur permet aussi de reprendre leur souffle.
Un nettoyage à sec
Une fois que la poussière est répartie sur le plumage, l'oiseau lisse souvent ses plumes comme après le bain dans l'eau pour décoller les impuretés et les parasites comme les poux et les acariens. La poussière lui permet aussi d'éliminer l'excès de sécrétion uropygienne huileuse décrite plus haut. L'oiseau prend souvent un bain de soleil dans les parages après son bain sec.
Au jardin
Avec le bétonnage et l'asphaltage des chemins de terre, les opportunités de bain sec se raréfient, vous pouvez en recréer une chez vous.
. Préserver des petits endroits dégagés et ensoleillés de terre sèche : allée, cour, coin délaissé. A défaut, installer de grands pots de fleurs décoratifs sans aucune plantation ou un bac de type bac à sable.
. N'importe quel type de terre sèche fait l'affaire, mais pour que le sol soit drainant (donc vite sec) on peut mélanger sable, terre fine et cendre.
. L'emplacement doit respecter les mêmes exigences que le bain dans l'eau pour prévenir les attaques de prédateurs.

Le bain de fourmis
Plus rare, ce "bain", appelé aussi formicage, consiste pour les oiseaux à exploiter les sécrétions des fourmis. Il remplace ou complète le bain de soleil. Il est pratiqué notamment par les corneilles, les geais et plusieurs espèces de passereaux. Malgré des expériences sur des oiseaux en captivité, la fonction du bain de fourmis n'est pas encore totalement élucidée.
Photo Wiktionnaire
Un produit d'hygiène fourni par les fourmis
Les fourmis synthétisent un acide, appelé acide formique ou acide méthanoïque, qui aurait des propriétés insecticides, acaricides, fongicides et bactéricides, ou qui perturberait les parasites du plumage et de la peau, comme les poux et les tiques, et les rendrait ainsi plus accessibles et plus faciles à déloger.
Il serait utile à l'entretien du plumage.
Après la mue, il diminuerait l'irritation de la peau générée par la croissance des nouvelles plumes.
Formicage actif et formicage passif
Le formicage peut être actif ou passif.
La méthode active consiste à frotter les plumes avec une fourmi saisie par le bec, fourmi qui imprègne la plume d'un mélange d'acide formique et de sa salive. Ce sont principalement les rémiges primaires et les rectrices qui sont traitées ainsi. Les petits passereaux se contentent d'une fourmi à la fois, comme le pinson des arbres et le pipit farlouse, les gros oiseaux en prennent tout un "fagot", comme l'étourneau sansonnet ou la pie bavarde.  Une fois le processus terminé, les oiseaux peuvent accessoirement manger les fourmis débarrassées de l'acide formique.
La méthode passive, le véritable bain de fourmis, consiste à se poser ou s'étendre directement sur la fourmilière, comme le geai, voire à la piétiner, ailes entrouvertes, pour un effet optimal, comme la corneille mantelée. Les fourmis se sentant attaquées lancent alors des jets d'acide formique sur les oiseaux.
Au jardin
Difficile d'installer un bain de fourmis. On se contente de ne pas porter atteinte aux fourmis déjà présentes.

Sources, informations complémentaires
Pour le bain de fourmis, un article de Nicholai Morozov, 2015/07/01, Why do birds practice anting ? (Pourquoi les oiseaux pratiquent-ils le formicage ?), volume 5, pages 353 à 365, 10.1134/S2079086415040076, Biology Bulletin Review

Publié dans Oiseaux, Aménagements

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