Inviter la mésange à longue queue

Publié le par Marie-Claire RAVE

La mésange à longue queue (Aegithalos caudatus) est impossile à confondre : c'est le seul passereau qui a une queue plus longue que le corps et cette petite bouille ronde. Celle-ci a sur la tête une bande noire arquée qui partage son profil en deux. Vous pouvez aussi rencontrer des individus à tête toute blanche : il existe deux sous-espèces principales en Europe, la nordique à tête blanche (Aegithalos caudatus caudatus) et celle d'Europe centrale (Aegithalos caudatus europeaeus) à bandeau noir. Vous pouvez encore rencontrer tous les intermédiaires car elles s'hybrident entre elles. 
Les juvéniles ressemblent aux adultes en plus terne et ont les joues brunes.

mésange à longue queue orite juvénile
Juvénile

Pour l'inviter, il vous faut :
- une végétation variée, capable d'accueiller des insectes,
- des pucerons, des insectes ou des acariens très petits,
- des feuillus et des persistants,
- des haies et des bosquets.
Elle aime particulièrement les lisières de bois et forêts.

Des insectes toute l'année
Elle est sédentaire, elle reste même plusieurs années dans un même parc ou autour d'un même jardin. Pour l'accueillir il faut donc lui fournir sa nourriture préférée toute l'année. Elle élargit un peu son territoire en hiver quand les insectes se font plus rares, en faisant des rondes dans les bois, les bosquets et les haies. Son très petit bec ne permet pas de capturer de gros insectes ni de la nourriture coriace ou gelée, elle consomme donc énormément de pucerons et de petits acariens. Elle dévore aussi les insectes au stade d'oeuf, de larve ou de nymphe, et quelques autres minuscules invertébrés. Elle ne se nourrit pas au sol, sans doute parce que sa queue n'est pas adaptée, et ne fréquente pas les mangeoires-plateaux ni les rebords de fenêtre, mais elle apprécie les boules de graisse suspendues aux branches (à utiliser avec modération).

Acariens sur magnolia grandiflora

Des arbres et arbustes à feuilles domatiées
J'ai remarqué qu'au jardin les mésanges à longue queue passent une grande partie de leur journée dans les lauriers-tins, les houx et un grand magnolia grandiflora, même l'hiver. En les observant je me suis rendu compte qu'elles y trouvent deux ingrédients indispensables : de minuscules acariens à consommer et des toiles d'araignées avec lesquelles elles collent les mousses et les lichens de leur nid, qui est un exemple d'ouvrage raffiné. Ces arbres ou arbustes ont en effet des feuilles domatiées, c'est-à-dire des feuilles dont la structure permet l'installation d'insectes et surtout d'acariens : des feuilles ourlées, ou à nervures épaisses et poilues, ou des feuilles au revers velouté qui permet l'accroche de toiles d'araignées.
Je les vois aussi dans l'hortensia grimpant, dont les branches tortueuses et les écorces fissurées, une autre forme de domaties, abritent même en hiver beaucoup d'acariens et d'insectes. Son petit bec, s'il est pénalisant en limitant sa chasse à des petites proies, lui permet de les déloger dans les anfractuosités des écorces rugueuses ou qui s'exfolient par plaques.

Des caducs et des persistants
Je remarque aussi que les nids sont construits dans les conifères ou d'autres persistants, par exemple un vieux laurier-sauce très dense car légèrement taillé de temps en temps, mais que les mésanges se nourrissent dans les arbres à feuilles caduques. On peut ajouter notamment des arbustes caducs à baies et graines molles, comme le chèvrefeuille ou le fusain d'Europe ou du Japon pour compléter son alimentation.

Pas une vraie mésange, mais une vraie funambule
Du fait de son comportement, elle ne fait pas pas partie de la famille des mésanges, elle n'est pas cavernicole par exemple, elle ne fréquente donc pas les nichoirs. Pour la distinguer des mésanges, les scientifiques ont utilisé le vieux nom d'orite, ou encore orite à longue queue. Sa longue queue qui lui sert de balancier lui permet d'atteintre les insectes sur des branches très fines, à l'endroit ou à l'envers, où la concurrence est faible. Elle est capable de se suspendre la tête en bas par une patte et d'attraper ses proies de l'autre, encore une raison de varier les espèces végétales et donc les types de branches.

C'est un oiseau grégaire
Sauf en période de reproduction, la mésange à longue queue reste attachée à un groupe familial qui défend son territoire. Au printemps, au moment de la nidification, le groupe est limité à trois ou quatre membres, tandis qu'à l'automne, les familles se rassemblent en groupes d'une dizaine à une trentaine d'oiseaux. Le groupe, très remuant, maintient sa cohésion par des cris de contact fins et aigus, qui aident à le repérer. Ce caractère sociable lui permet de lutter contre le froid en hiver. On peut voir sur les branches des groupes d'oiseaux serrés les uns contre les autres, formant même quelquefois une boule ébourrifée pour perdre le moins de calories possible. Malgré cela, par temps très froid, la mortalité est importante. 
Elle participe aussi à des "rondes" de mésanges au sens strict et d'autres petits passereaux forestiers à la recherche de nourriture, rondes qui permettent une plus grande vigilance collective contre les prédateurs et donc une plus grande efficacité dans la recherche de nourriture.

Une paupière haute couture
On me demande souvent quelle est cette anomalie, découvete en agrandissant une photo, qui touche les yeux d'une mésange à longue queue. Ce n'est pas une maladie, c'est l'apparence normale de la paupière : chez les juvéniles, l'oeil est cerclé de rouge, virant progressivement au jaune chez les adultes. Curieusement, les documentations accessibles librement ne signalent que très rarement cette particularité, et encore moins s'il s'agit de la peau ou de plumes. Il faut remonter à l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1751-1778), pour apprendre que "les yeux sont plus grands que dans les autres petits oiseaux, l'iris est de couleur noisette, les poils de la paupière sont de couleur jaunâtre".

Sources, informations complémentaires
Pour consulter l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, reprenant la description de Francis Willughby, Wikisource
La fiche de l'INPN (Inventaire national du patrimoine naturel)

Publié dans Oiseaux

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