Le colza bio, bénéfique du bout des racines au sommet des fleurs

Publié le par Marie-Claire RAVE


En agriculture (qui n'est pas mon domaine), le colza (Brassica napus) semble très intéressant cultivé en mode biologique : dans le sol par ses racines il favorise sa porosité, l'enrichit en azote et piège les nitrates, en surface il limite les adventices et, devenu couvre-sol en automne et en hiver, il freine l'érosion. Ses parties aériennes sont appréciées des insectes, des oiseaux et des humains. Il est cultivé dans de nombreux pays, selon les climats en colza d'hiver ou en colza de printemps. Même sans espérer produire de l'huile, du fourrage ou des tourteaux pour le bétail, ou encore du biocarburant, on peut s'inspirer de cette pratique et en tirer de nombreux avantages pour la biodiversité.

Pour les insectes
Les fleurs ont un fort pouvoir d'attraction. Elles sont très odorantes et produisent un nectar abondant. A proximité d'un champ le parfum est presque enivrant pour les humains. Les abeilles et autres hyménoptères, ainsi que les diptères sont puissamment attirés. Les araignées habitent aussi en grand nombre les champs de colza.

 Pour les oiseaux
Le site Ornithomedia fournit des informations très complètes sur les bénéfices que procure le colza aux oiseaux et les facteurs qui renforcent ou limitent cette attraction.

. C'est une source d'alimentation
Déjà pendant la floraison la masse d'insectes et d'acariens fournit aux oiseaux une nourriture abondante. En hiver les petites pousses et les jeunes feuilles sont consommées par l'alouette des champs, le pigeon ramier et, dans les grandes cultures, par plusieurs espèces d'oies. Quand arrivent les graines, petites billes noires qu'on récolte habituellement en juillet, mais qu'on laisse sur pied au jardin, une longue liste d'oiseaux s'en nourrissent : les fringilles (pinson des arbres, chardonneret élégant, verdier d'Europe), le bruant des roseaux, le bruant jaune, le moineau domestique, la fauvette grisette, la tourterelle, la bergeronnette printanière, la grive musicienne, l'alouette des champs, le merle noir, et ceci jusqu'en hiver. En été notamment, le bouvreuil pivoine et la tourterelle des bois en nourrissent leurs jeunes.
Une autre ressource indirecte est founie par les tiges couchées au sol en hiver qui abritent quantité d'invertébrés. Ils sont consommés par l'accenteur mouchet, le troglodyte mignon et la grive musicienne.
Des études ont même prouvé qu'en Grande-Bretagne, la linotte mélodieuse, victime comme dans toute l'Europe de l'agriculture intensive depuis les années soixante, serait revenue avec l'expansion de la culture du colza.
Selon le site Ornithomedia certains oiseaux sont encore plus attirés par le colza lorsqu'il est associé à d'autres plantes ou des sols particuliers : 
- colza + adventices pour la fauvette grisette et l'alouette des champs,
- colza + culture de blé d'hiver à proximité pour la bergeronnette printanière et la fauvette grisette,
- colza + habitations pour le moineau domestique et le verdier d'Europe,
- colza + sols nus pour l'alouette des champs, le merle noir et la grive musicienne,
- colza + routes pour la grive musicienne, le verdier d'Europe et le chardonneret élégant.
En revanche, certains facteurs associés au colza sont défavorables :
- colza + clôtures et haies pour l'alouette des champs, la linotte mélodieuse et les bruants,
- colza + bordures enherbées pour l'alouette des champs, la linotte mélodieuse et le bruant des roseaux,
- colza + pylônes pour le pinson des arbres et le bruant des roseaux,
- colza + habitations pour la bergeronnette printanière et la fauvette grisette.
Sur la base de ces informations on pourra améliorer le positionnement du carré de colza, surtout si on dispose d'un grand terrain, du type ancienne ferme.

. C'est un terrain de chasse
Dans les grandes cultures, moins facilement dans les petits jardins, des rapaces (la buse variable, le buzard...) trouvent dans les champs de colza des campagnols pour élever leurs jeunes.

. C'est un site de nidification
Il est conseillé de conserver ou de recréer des zones humides associées au colza pour servir de site de nidification aux oiseaux des marais. Attention, le fauchage du colza pour le laisser sécher au sol risque de détruire les nids de la linotte mélodieuse ou du bruant des roseaux.

. C'est une petite compensation à la perte de certains habitats
Il est d'autant plus important de planter du colza (bio bien sûr) dans son jardin que cette culture constitue une alternative à la perte de certains habitats détruits par l'agriculture intensive. Et encore plus lorsque l'on sait que la culture du colza est fortement soumise aux orientations de la Politique Agricole Commune et au changement climatique. Elle risque donc de disparaître au profit d'autres cultures.

Pour le jardinier
Le colza peut être utilisé comme engrais vert en alternance avec d'autres espèces, la phacélie et la féverolle par exemple. Il protège et aère le sol et l'enrichit en azote, il capte les nitrates en excès. Il occupe le terrrain entre deux cultures de légumes. On peut donc en garder une partie sur pied pour conserver les graines destinées aux oiseaux et faucher une autre partie avant la montée à graines pour la laisser sécher et se décomposer au sol.
La colza a aussi la réputation de prévenir l'installation des larves de hannetons dans le sol : semé dans les cultures, il permet d'éloigner les femelles qui viennent pondre et les larves, qui détestent ses racines. Certains préconisent des infusions de colza en pulvérisation contre les pucerons, les cochenilles, les aleurodes, les araignées rouges. A tester, résultat non garanti.
Au jardin, on peut laisser le colza se ressemer seul comme c'est le cas au bord des chemins, dans un coin de  friche à la va-comme-je-te-pousse, en désherbant juste autour des plantules dès qu'on les repère au stade de la levée des feuilles. Elles sont faciles à identifier, d'un vert bleuté comme les feuilles de chou ou de navet, d'autres brassicacées.

Pour une culture plus maîtrisée, on a le choix entre deux méthodes : le colza de printemps et le colza d'hiver.
. Le colza de printemps se sème en avril-mai, il exige un peu d'arrosage et de désherbage régulier pour faciliter son développement jusqu'à une dizaine de centimètres, ensuite on l'entoure d'un paillage pour limiter la concurrence des adventices.
. Le colza d'hiver se sème en août-septembre-octobre, il ne demande qu'un déherbage rapide en début de croissance, puisque les adventices entrent en dormance en début d'hiver, et pratiquement pas d'arrosage. Avec des semences paysannes, c​ompter environ 50 graines par m² (une tous les 10-15 cm), enterrées à 2 cm de profondeur. 

Accessoirement pour les humains
Mis à part sous forme d'huile qu'on peut difficilement fabriquer soi-même, le colza bio s'utilise en cuisine, en petites quantités. Les tiges encore en bouton se consomment comme un autre chou dans une omelette, du riz, des pâtes, ou un wok, après les avoir passées quelques minutes dans l'eau bouillante, puis dans l'eau glacée, pour enlever l'amertume. Il se consomme à la japonaise, à l'italienne, à la portugaise... Voir les sites culinaires spécialisés dans les plantes sauvages ou insolites, par exemple Sauvagement bon.

Sources, informations complémentaires
Sur l'utilisation du colza par le bruant des roseaux
Derek Gruar, Dave Barritt et Will J. Peach (2006) Summer utilization of Oilseed Rape by Reed Buntings Emberiza schoeniclus and other farmland birds. Bird Study. Volume (53). Numéro : 1. Pages :  47-54. 
www.tandfonline.com/doi/pdf/10.1080/00063650609461415

Sur la culture du colza d'hiver (journal payant)
Germaine Greer (2003). Country notebook: the winter oil-seed rape crop.
The telegraph. Date : 29/11. www.telegraph.co.uk/gardening/3315958/Country-notebook-the-winter-oil-seed-rape-crop.html

Sur le sauvetage de la linotte grâce au colza (inscription nécessaire)
Michael McCarthy (2000). Linnet is saved from disaster by oilseed rape. The Independent. Date : 07/08. www.independent.co.uk/environment/linnet-is-saved-from-disaster-by-oilseed-rape-710469.html

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