Un renard dans le jardin !

Publié le par Marie-Claire RAVE

Quelques images d'une caméra à infra-rouge ont suffi pour confirmer définitivement la présence nocturne d'un renard dans ce jardin de Bourgogne. Les propriétaires s'en doutaient, car l'animal semait régulièrement divers indices concordants.

Comment repérer sa présence ?
On peut avoir un renard autour de la maison sans le savoir : il est discret et vit essentiellement la nuit. Et pourtant s'il fréquente régulièrement un jardin il laisse des traces qu'il ne cherche pas à cacher. Bien au contraire, il marque son territoire et communique avec ses congénères par des signes visuels et olfactifs.
Les laissées (les crottes, autrement dit)  sont placées bien au milieu des chemins, ou si c'est possible, en hauteur, pour que leur odeur (assez incommodante selon nos critères humains) se diffuse plus largement. Elles sont souvent vrillées, repliées ou cassées en deux, terminées par une pointe, et colorées en fonction de la nourriture du moment : noires si un animal a été consommé, grises si elles contiennent beaucoup d'os, colorées de rouge ou d'orange si des baies ont été ingérées. Car le renard, classé comme carnivore, est plutôt omnivore. Il complète son alimentation carnée (petits mammifères, oiseaux...) par des vers de terre, des insectes, des fruits et des baies.
Les empreintes de ses pattes, si vous avez la chance de les observer en détail, ressemblent à celles du chien, mais elles sont plus ovales. Chez le chien, les griffes sont orientées vers l'extérieur, chez le renard vers l'avant. Les pelotes antérieures du chien recoupent nettement les pelotes latérales, pas celles du renard.

Empreintes de pas renard/chien, et laissées avec leur petites pointesEmpreintes de pas renard/chien, et laissées avec leur petites pointes

Empreintes de pas renard/chien, et laissées avec leur petites pointes

Est-il dangereux ?
Ne vous laissez pas séduire les vidéos qui vous montrent un renard apprivoisé lové dans des coussins ou vocalisant dans un dialogue hilarant avec l'homme. C'est un animal sauvage et il doit le rester, d'ailleurs la détention d'un animal sauvage est interdite en France, sauf autorisation spéciale.
Son statut en France est celui "d'espèce susceptible d'occasionner des dégâts", la nouvelle dénomination des espèces dites antérieurement "nuisibles". Le fait est qu'il est capable de faire des carnages dans les poulaillers et les élevages non clos (lapins, agneaux...) et qu'il prélève du gibier. Sa destruction est autorisée par des moyens peu civilisés, tels le piégeage et le déterrage.

Photo F. Cahez

Toutefois le regard sur le renard change progressivement. Des groupes d'agriculteurs commencent à le réhabiliter pour sa prédation sur les rongeurs qui ravagent les cultures, puisqu'il consomme chaque année 6 000 à 10 000 campagnols. Si le piégeage et le déterrage sont toujours autorisés, les tirs de nuit sont de plus en plus restreints. Ce sont les préfets qui sont chargés de les autoriser ou non. Or certains préfets, après consultation publique, n'autorisent plus les tirs de nuit (dans le Loiret par exemple).  Dans d'autres départements, les tribunaux, saisis par des associations de protection des animaux sauvages, notamment l'ASPAS, AVES, la LPO, commencent à suspendre les arrêtés préfectoraux qui autorisent les tirs de nuit. L'analyse de plusieurs décisions de justice (par exemple dans l'Eure, la Somme, la Moselle...) révèle que ces tirs sont motivés prétendument par la protection des perdrix, dont la chasse est pourtant autorisée.
Son rôle dans la nature est donc désormais reconnu, et sa présence mieux acceptée dans les campagnes ; seuls les chasseurs le considèrent comme un concurrent.
Quant au voisinage des maisons, il reste deux sujets épineux : les risques liés aux maladies et la prédation sur les animaux domestiques, volailles, lapins, agneaux par exemple.

Renard et zoonoses
Les zoonoses sont les maladies transmissibles de l'animal à l'Homme et vice-versa. Dans le cas du renard, il s'agit de l'animal à l'Homme (à moins qu'un homme atteint de rage ne morde un renard).

La rage vulpine
La rage du renard a été éradiquée en France grâce à une campagne de vaccination orale des animaux, mais elle peut réapparaître sporadiquement du fait de l'introduction illégale de chiens en période d'incubation. 
NB - la rage de la chauve-souris est toujours présente en France.

L'échinococcose alvéolaire
C'est une maladie rare, mais en augmentation, et grave, voire mortelle mais diagnostiquée de plus en plus tôt et de mieux en mieux prise en charge.
Elle est due à la larve d'un petit ténia, Echinococcus multilocularis, qui s'attaque au foie humain. Le renard est l'hôte définitif de ce ténia, et dans une moindre mesure le chien ou le chat. 
1. L'échinocoque à son stade adulte est localisé dans l'intestin du renard, où il libère ses oeufs. 
2. Ces oeufs sont évacués dans l'environnement par les déjections du renard.
3. Les végétaux de faible hauteur sont souillés par les excréments infestés.
4. En consommant ces végétaux, les rongeurs, hôtes intermédiaires, ingèrent les oeufs, qui donnent naissance à une larve d'échinocoque.
5. La larve se développe au niveau du foie et des poumons des hôtes intermédiaires. L'homme est un hôte intermédiaire accidentel.
6. La prédation des rongeurs par le renard clôture le cycle d'Echinococcus multilocularis en libérant dans son intestin les vers qui deviennent rapidement adultes.
 

La transmission à l'homme se fait exclusivement par voie orale, soit en ingérant crus des fruits, légumes ou champignons infestés, sauvages ou cultivés, soit en portant à la bouche ses mains contaminées par des oeufs présents sur le pelage d'animaux domestiques (chiens, chats). Il ne peut pas y avoir de contamination interhumaine.
Les oeufs d'échinocoques sont extrêmement résistants. Dans de bonnes conditions de froid et d'humidité, ils peuvent survivre et rester infestants pendant plus d'un an dans l'environnement. Ils peuvent aussi résister à un lavage intensif des végétaux sur lesquels ils sont déposés. Seule la cuisson à plus de 60°peut les éliminer. La congélation est inopérante.

Le rôle du renard dans la limitation de la maladie de Lyme
Le renard peut être porteur de tiques comme les autres mammifères. Il est surtout par sa prédation, un facteur limitant de la borréliose de Lyme. Deux études, l'une aux Etats-Unis en 2012, l'autre aux Pays-Bas en 2017, ont montré que la diminution de la population de renards laissait pulluler les micro-mammifères comme les rongeurs, et augmentait la quantité de tiques présentes dans l'environnement. Le renard limite ainsi le risque de transmission de la maladie à l'homme.
Pour le cycle de vie de la tique, voir Une tique sur un oiseau.

NB - La gale sarcoptique du renard, dont on parle beaucoup en ce moment, ne se communique pas à l'homme. Elle peut éventuellement être transmis à d'autres carnivores, comme le chien, mais uniquement par des contacts prolongés.

Renard et animaux d'élevage
Les renards sont à la hauteur de leur réputation de voleurs de poules, mais aussi de tous les animaux domestiques jusqu'aux chats et aux très petits agneaux. Ils chassent la nuit, sauf en période de reproduction, de mise bas et d'allaitement, où la nuit ne suffit plus. Pendant tout le printemps, la femelle prend tous les risques car elle a besoin d'augmenter ses rations de 50 %, puis les renardeaux sevrés consomment jusqu'à 1 kg de nourriture par jour. Ensuite les parents apprennent aux petits à chasser et le poulailler est une arène idéale. Les jeunes s'entraînent ensuite à chasser seuls le jour tant qu'ils ne sont pas assez expérimentés pour chasser la nuit.
On assite souvent à un jeu de massacre, car les renards tuent plus que nécessaire. Ils attaquent les poules,  leur coupent la tête pour la consommer tout de suite, et reviennent chercher le reste plus tard. Ou bien ils en enterrent une partie pour conservation quelques jours. Ou encore ils ne mangent pas tout et laissent sur place des cadavres entiers.
C'est à ce moment que la plus grande vigilance s'impose.

Au jardin, comment se protéger ?
Voici les principes d'une bonne protection, assortis de quelques astuces où vous pourrez piocher ce qui vous convient le mieux, sans aucune garantie de succès. Chaque renard est différent, ce qui fonctionne pour l'un peut être inutile pour l'autre, et ce qui marche un jour ne marche pas le lendemain : on sous-estime souvent l'intelligence de l'animal.

Ne pas attirer les renards passant par là
En le laissant circuler autour de la propriété, vous lui permettrez de réguler les campagnols, à condition de ne pas l'attirer par une nourriture plus facile :
- sortir les sacs poubelles le plus tard possible,
- ne laisser aucune nourriture pour chien ni chat à l'extérieur,
- enlever les surplus de fruits et de légumes au potager au lieu de les laisser sur le sol, 
- ne pas utiliser d'engrais à base de sang séché, d'os ou de poisson,
- ne pas jeter de viande ni de poisson au compost,
- si cela ne suffit pas, grillager le compost.

Clore les endroits stratégiques
Il est indispensable de clore le potager, les petits fruits et le jardin d'herbes aromatiques pour éviter que le renard ne souille, par ses déjections et les maladies qui s'ensuivent, les légumes que vous consommerez crus, cette saison ou plus tard, puisque les oeufs d'échinocoque résistent longtemps dans l'environnement.
Mais le renard préfère les poules aux framboises. Pour protéger le poulailler, le clore par un grillage d'au moins 2 mètres de hauteur. Comme le renard est capable de creuser pour entrer par-dessous, enterrer le grillage sur 50 cm ou, mieux, étaler sur le sol tout autour de l'enclos un treillis métallique horizontal le plus large  possible, et le faire remonter verticalement sur le grillage. Des fondations bétonnées demandent plus de travail mais sont plus fiables.
Tous les éléments de l'enclos doivent être solidement fixés entre eux, et sans faille, sachant que le goupil peut passer à travers un trou de 13 cm. Il faut aussi savoir qu'un renard est capable de mâchouiller un grillage trop fin pour agrandir un trou. C'est aussi un expert en manipulation : équiper les portes de deux verrous solides.
Le poulailler de la photo est protégé par un double grillage monté sur des fers à béton : une forteresse. Un toit conçu de la même façon recouvre le tout.
J'élimine volontairement la solution de la clôture électrique.

L'éloigner par divers répulsifs
Le renard a un odorat très sensible et supporte mal les odeurs fortes, car elles contrarient fortement sa stratégie de marquage olfactif de son territoire. On trouve sur divers sites vivant de la publicité les mêmes 5, 10 ou 15 recettes magiques de répulsifs, pourquoi ne pas les essayer ? Mais sachez que le renard est extrêmement intelligent et qu'une fois comprise la manoeuvre, il s'adaptera et saura la contourner.
Ail, moutarde, huile essentielle de citronnelle, de menthe poivrée ou d'eucalyptus, lessive liquide ou en poudre (polluante !), vinaigre, marc de café, poivre, piment... sont les éléments de divers cocktails à pulvériser autour des poubelles ou du poulailler, ou tout autour du jardin. Il existe aussi dans le commerce des répulsifs pour renards ou à défaut pour chiens, à utiliser seulement dans les cas désespérés.
Il déteste l'odeur de l'urine humaine, servez-vous-en, pure ou en imprégnation sur un épouvantail.
Il a horreur d'être dérangé par des bruits : on peut associer des sons, la radio par exemple, à un détecteur de mouvement. 
Divers gadgets sont conçus sur ce modèle, un détecteur de mouvement qui déclenche un jet d'eau, ou des lumières clignotantes ou des ultrasons.
Les répulsifs sont à placer
- autour des endroits stratégiques mais pas trop près, pour couper sa route avant qu'il ne soit trop tenté par les volailles ou les légumes,
- aux passages que vous soupçonnez,
- sur les laissées du renard, qu'il faut laisser sur place sinon il reviendra marquer son territoire.
On peut aussi lui jouer un mauvais tour en lui laissant de la nourriture couverte d'une sauce piquante.

Fréquenter le jardin
Un jardin tranquille conçu pour la douceur de vivre, au soleil et protégé du vent, est un endroit de repos idéal en journée pour le renard. Il doit comprendre que c'est votre territoire, et pour cela il faut que le jardin soit animé et imprégné de l'odeur humaine. C'est aussi le cas des dépendances, en les investissant régulièrement vous pourrez y laisser vos traces, tout en vérifiant qu'elles ne peuvent pas devenir des repaires pour les animaux sauvages. Si c'était le cas, il faudrait fermer correctement les coins et recoins. 
Avoir un chien peut fonctionner, toutefois, on a vu des chiens et des renards manger tranquillement dans la même gamelle.

Se protéger soi-même
Ne pas toucher un renard vivant ou mort. Si l'on doit déplacer un renard mort, prendre des gants.
Se laver les mains énergiquement en rentrant du jardin. D'ailleurs les bonnes vielles règles d'hygiène qui ont été oubliées depuis l'avènement des antibiotiques dans les années soixante redeviennent indispensables au jardin : ne pas porter sa main à la bouche et se laver les mains avant de manger.

En deux mots, comme bien souvent, la règle est la bonne distance et la barrière d'espèces.

Et si vous trouvez un jeune renard chez vous
La LPO a publié une fiche de conseils sur les jeunes renards ou blaireaux en détresse (ou pas), voir Sources.

Sources, informations complémentaires
Le point sur l'échinococcose alvéolaire en 2021 par la Docteure Solange Brisson-Hadni, 26 janvier 2021
Sur le risque de rage en France, la fiche de l'ANSES
Sur la  limitation de la maladie de Lyme par les renards,
- une étude publiée le 26 juillet 2017, Cascading effects of predator activity on tick-borne disease risk par Tim R. Hofmeester et al. (Effets en cascade de l’activité des prédateurs sur le risque de maladie transmise par les tiques)
- et une publiée le 9 mai 2012, Deer, predators, and the emergence of Lyme disease par Taal Levi et al. (Cerfs, prédateurs et émergence de la maladie de Lyme)
A titre d'exemple, la décision du Tribunal administratif d'Amiens du 28 septembre 2020 de suspendre les tirs de nuit du renard dans la Somme
Une fiche de conseil de la LPO adaptée à l'affichage : J'ai trouvé un jeune renard roux, un jeune blaireau européen, une jeune fouine ou martre

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