Ces chers hôtels à insectes

Publié le par Marie-Claire RAVE


Pourquoi l'hôtel à insectes que j'ai acheté est-il si peu fréquenté ? C'est qu'un produit bas de gamme peut être plus néfaste qu'utile. Des bois blancs ou pas assez secs produisent des échardes en se dégradant et blessent, voire tuent, les larves, des cases impossibles à nettoyer favorisent l'invasion de parasites, un contenu inadapté n'attire personne, etc. Un beau produit bien pensé, construit avec des matériaux de qualité, est forcément coûteux. Or il est facile de fabriquer soi-même petits gîtes ou grands hôtels, que ce soit pour attirer les pollinisateurs, pour activer la lutte biologique grâce aux insectes auxiliaires du jardinier, ou simplement pour favoriser la biodiversité.

Expérimentation à Lyon Gerland

Fabriquer soi-même : quelques exigences basiques
- Des dimensions adaptées : toutes les espèces ne se mélangent pas, prévoir soit plusieurs petits gîtes spécialisés, soit un hôtel assez grand pour que les cases respectent quelque distance. Si on ne souhaite qu'un petit hôtel, par exemple sur un balcon, privilégier les osmies, de petites abeilles sauvages qui sont les premières à fréquenter des gîtes présentant simplement des trous, tiges creuses ou blocs de bois percés. 
- Des matériaux durables, locaux et non traités, la principale raison de la disparition des insectes étant les pesticides.
- Des bois sans échardes : les insectes et leurs larves sont fragiles, pour les préserver il suffit d'utiliser des bois durs et de percer perpendiculairement au sens de la fibre.
- Un milieu sec et, on n'y pense pas, un milieu humide. En principe, les modèles d'hôtels sont surélevés, leurs pieds en bois ne sont pas en contact avec le sol. L'espace ménagé sous le plancher peut servir à installer des matériaux en décomposition, comme des feuilles ou des souches, en contact avec la terre ou mieux, partiellement enterrés.

Un exemple au Clos-Lucé à Amboise

Un environnement favorable
Un hôtel à insectes ne compense pas la perte d'habitat. Prévoir des arbustes ou une haie. Fournir de la nourriture à proximité, beaucoup de plantes sauvages différentes car certains insectes sont très spécialisés, des plantes hâtives et tardives, des bandes enherbées. Aménager une zone de prairie naturelle ou à défaut une pelouse tondue le moins possible pour retenir l'humidité, des zones paillées, de petites surfaces où le sol est accessible car certains insectes en ont besoin pour pondre ou pour maçonner leurs abris. 

Une construction modulaire facile à nettoyer
Un hôtel à insectes peut facilement être envahi par des parasites. Les cases doivent être faciles à extraire ou à démonter. On peut par exemple collectionner des caisses d'emballage en bois non traité (caisses de 3 ou 6 bouteilles de vin, cagettes de petits fruits...) afin de les remplacer éventuellement. Ces caisses permettent de protéger les insectes du vent dans un hôtel qui n'a pas de "dos".

Stratégie n° 1 : un hôtel collectif, ludique et pédagogique, mais peu efficace
Pour que tout soit à portée de pattes ou d'ailes, le placer au milieu d'un massif de fleurs.
Une orientation plein sud convient à la plupart des insectes, sauf aux insectes intéressés par les matériaux en décomposition qui préfèrent l'humidité et l'ombre, à moins d'ombrager la base ou d'enterrer partiellement quelques éléments. Le placer dos au vent ou contre un mur abrité par un débord de toit.

Spirale à aromatiques

Stratégie n° 2 : plusieurs gîtes adaptés à chaque espèce
Tolérer les gîtes naturels : souches, arbres creux et arbres morts, tas de terre, tas de feuilles. Un jardin parfaitement "propre" n'est pas très attractif pour les insectes.
Construire ou préserver un mur de pierres sèches, ou encore mieux, la classique spirale à aromatiques qui, en fournissant divers biotopes, soleil et ombre, sécheresse et humidité, favorise de nombreux insectes.
Imiter autant que possible la nature en observant les refuges naturels aux alentours et en fournissant de multiples abris similaires spécialisés.
Disposer les gîtes aux endroits adaptés : dans les arbres fruitiers pour les perce-oreilles, au sol à l'ombre pour les cétoines, plein sud pour les abeilles sauvages... 
Eviter à tout prix le broyage des haies, grand destructeur des gîtes naturels des insectes, tolérer quelques ronces dans un coin de jardin.

Les éléments adaptés, qu'ils soient regroupés en hôtel ou disséminés

insecte besoins de refuges naturels
(repos, ponte, hibernation)
refuges artificiels

abeilles sauvages
(nombreuses espèces)

insecte pollinisateur

abeilles sauvages caulicoles (qui construisent leur nid dans des tiges creuses) et rubicoles (idem dans des tiges à moëlle)
. dorment dans les fleurs en cloche, ou suspendues en plantant leurs mandibules dans une feuille ou une tige, ou bien dans des tiges creuses, certains mâles dorment ou s'abritent dans les tiges qui ont servi au couvain
. les femelles pondent dans des tiges creuses où elles maçonnent des cellules, une par oeuf
. meurent avant l'hiver, les oeufs deviennent larves puis jeunes abeilles dans le nid pendant l'hiver et apparaissent au printemps

 
bûches ou blocs de bois percés, tiges creuses ou à moëlle de 15 à 20 cm de longueur, de 4 à 10 mm de diamètre, le plus souvent 6-7 mm, en fagots (ronce, sureau...)
 

abeilles sauvages terricoles (ou terrassières)
. dorment un peu n'importe où
. les femelles pondent dans des galeries tubulaires dans le sol, le sable ou les mortiers
. même cycle de vie que les caulicoles

blocs d'argile et granulats variés dans une boîte en bois ou des pots de terre cuite même cassés

 

carabes
(nombreuses espèces) 

insectes recycleurs
auxiliaires du jardinier


. vivent et se reposent dans les végétaux en décomposition, dans les haies, de type sol des sous-bois
. les femelles pondent dans le sol, les larves vivent et se nourrissent sous terre avant d'apparaître au printemps
. passent l'hiver sous terre ou sous des couches épaisses de végétaux

 
souche en partie décomposée, voire en partie enterrée pour favoriser la dégradation du bois

 

cétoine dorée, cétoine grise 

insectes recycleurs


. dorment un peu partout, surtout dans les fleurs à nombreux pétales ou à coeur large
. les femelles pondent dans les matériaux en décomposition, où la larve reste deux ou trois ans avant de devenir adulte au printemps
. hivernent dans le compost, dans le paillage des jardins, le bois mort, les tas de feuilles

 
pour la ponte et pour hiverner, souche ou branche morte en contact avec le sol, pour poursuivre la décomposition, mini-compost au sol dans une case grillagée

chrysope 

auxiliaire du jardinier


. se reposent dans les arbres et les arbustes
. les femelles pondent au printemps de très nombreux oeufs dans la végétation, fixés au bout d'un long pédoncule
. hivernent à l'état adulte dans les tas de bois, de feuilles, dans les haies

 
pour hiverner, boîtes remplies de fibres de bois, brindilles, ficelle naturelle, pommes de pin

coccinelles
(plusieurs espèces) 

auxiliaires du  jardinier

. dorment dans la végétation sur le lieu où elles sont en train de se nourrir
. les femelles pondent sur une feuille au milieu d'une colonie de pucerons pour que les futures larves s'en nourrissent
. hivernent sous des feuilles, des mousses, des écorces, dans des souches



 

pour hiverner, tuiles ou ardoises (pour l'inertie thermique) disposées verticalement ou boîte remplie de paille avec des ouvertures en fente

 

gendarme 

insecte en partie recycleur


. se reposent au soleil dans la journée
. les femelles pondent dans de petits terriers creusés dans la terre humide, sous des feuilles, dans des fissures d'écorce
. les adultes et les derniers stades larvaires hibernent sous des débris végétaux, des écorces, du bois mort

 
pour l'hibernation, tas de feuilles dans une case grillagée, écorces et bois mort

papillons (nombreuses espèces) 

insecte pollinisateur

. les papillons de jour dorment, ailes repliées, dans la végétation
. les femelles pondent sur leur plante-hôte
. certaines espèces passent l'hiver sous leur forme adulte (paon du jour, citron, vulcain...), d'oeuf (moyen nacré, argus bleu-nacré...), de chenille active ou en hibernation (grand mars changeant, petit et grand sylvain...), de chrysalide (carte géographique, flambé, machaon...) ou migrent au Sud (belle-dame).

pour l'hibernation sous forme adulte, boîte avec des ouvertures en fente, une touche de couleur pour les attirer (peinture dite écologique, petits éléments colorés)

 "perce-oreille" (forficule)

auxiliaire du jardinier

. insectes nocturnes, il fuient la lumière et se réfugient la journée sous des feuilles, des pierres, des écorces, dans les fleurs enveloppantes (les roses par exemple), dans les pommes de pin, et il s'active la nuit à la recherche de nourriture
. les femelles pondent dans un petit terrier qu'elles creusent dans le sol
. les mâles meurent pendant l'hiver, les femelles y survivent enfouies dans le sol où elles s'occupent des oeufs et des larves (phénomène rare chez les insectes), les jeunes adultes apparaissent en juillet
comme refuge diurne, pot de fleur en terre rempli de paille, à l'horizontale dans un hôtel ou à l'envers dans un arbre

 

syrphes
(nombreuses espèces) 

insecte pollinisateur

. se reposent dans la végétation
. pondent dans les colonies de pucerons pour que les larves s'en nourrissent
. certaines espèces hivernent dans le paillage, les tas de bois, d'autres sous forme de pupe accrochées aux végétaux, les adultes apparaissent ou réapparaissent au printemps

tiges creuses ou à moëlle variées, préalablement séchées, liées en fagots (ronce, sureau, aneth et autres apiacées, asters...)

 

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