Zoocities de Joëlle Zask

Publié le par Marie-Claire RAVE

Zoocities de Joëlle Zask

Vous avez certainement vu ces vidéos virales (!) d'animaux se promenant tranquillement dans les villes lors du premier confinement de 2020. Ce printemps a vu deux événements inédits et paradoxaux : l'explosion d'un virus jusqu'ici inféodé à un animal et l'apparition d'animaux inhabituels dans nos rues désertées. La philosophe Joëlle Zask analyse notre conception de la ville et pose la question d'une coexistence pacifique et sans danger entre les animaux et les humains. 

 Dans tous les pays du monde, la ville est devenue un refuge pour la faune sauvage : on n'y chasse pas, les pesticides sont bannis, il y fait plus chaud qu'à la campagne en saison froide, l'air y est moins pollué. "Diesel à la campagne, énergie propre à la ville". La destruction de l'habitat de la faune et l'élévation de la température, parallèlement au reverdissement de la ville, font des animaux les premiers réfugiés climatiques. C'est ce que Joëlle Zask appelle "le grand retournement". Or, "plus les villes sont dépolluées et verdies, plus elles favorisent les naissances et l'exode rural des hommes et des bêtes", et plus on est nombreux et plus on ponctionne les ressources naturelles, et plus la nature se dégrade.
La ville-refuge, c'est la ville de Babar. Alors que la jungle est dangereuse et féroce, la Vieille dame adopte le petit éléphant orphelin, et la ville devient pour lui un idéal de civilisation. Et, lorsqu'il retourne chez lui, Babar construit Célesteville qui transpose la civilisation humaine chez les éléphants.

Malheureusement, la présence des animaux en ville n'est pas idyllique. L'auteur cite de nombreux exemples de colonisation de villes par les animaux sauvages, les renards à Londres, les ours au Canada, les coyotes à Chicago, les sangliers à Berlin, les léopards à Bombay, les kangourous à Canberra.... La cohabitation est difficile, comme à New-Delhi où les macaques rhésus ouvrent les réfrigérateurs, mordent les habitants et prennent la nourriture de force. Lorsque ce n'est plus tolérable, on en arrive à l'extermination, et ceci par les stratagèmes les plus cruels. La question que pose Joëlle Zask est donc : "Comment réaménager nos villes et repenser notre mode de vie de manière à rendre possible une coexistence qui ne serait ni pénible ni fatale pour les uns et les autres ?"

Pour ne pas "divulgacher", je vous laisse découvrir les solutions proposées par la philosophe. En résumé, elle préconise de repenser les catégories traditionnelles d'espèces sauvages, domestiques, férales. Et aussi d'accepter l'imprévisible. Ou encore de ne pas mettre la nature "en pot", mais au contraire d'ouvrir les villes, de prévoir une circulation plus fluide des animaux, en leur réservant non seulement des niches, mais aussi des corridors au sol, sous terre et dans les airs selon les espèces. De ne pas faire de la ville un zoo.

La leçon du coronavirus, c'est la nécessité d'établir une barrière d'espèces, entre l'humain et les animaux. En outre, pour éviter les zoonoses, ces maladies qui peuvent passer de l'animal à l'Homme et vice-versa, il est essentiel de favoriser la pluralité des espèces, qui s'auto-régulent et diluent les agents pathogènes. L'idéal de la relation humain-animal, pour Joëlle Zask, est la relation de voisinage, une relation informelle, flottante, légère, et surtout à bonne distance. Cela implique une organisation spatiale de la ville et une politique urbaine fondées sur une connaissance scientifique des animaux, que je vous laisse découvrir, ceci surtout sans les nourrir. En quatre mots, "vivre et laisser vivre".

Références
Zoocities de Joëlle Zask, éditions Premier Parallèle, août 2020, en librairie ou en livre numérique.

Publié dans Découvrir, agir

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