L'entretien annuel de la mare

Publié le par Marie-Claire RAVE

Mare abandonnée

Mare abandonnée

Avoir une mare chez soi contribue à protéger une faune spécifique qui vit ou se reproduit dans l'eau, comme les batraciens ou les libellules. Or l'eau stagnante évolue rapidement et demande un entretien bien dosé, afin de ne pas détruire l'habitat indispensable à cette faune particulière.
Une mare est un milieu riche et vivant, un écosystème à part au jardin, pas question de la nettoyer comme un aquarium ou une piscine !
Attention - Il n'est pas question ici de la restauration de mares anciennes abandonnées, qui demandent des compétences, ni de mares tourbeuses, qui sont rares et précieuses et qu'on doit toucher le moins possible. Dans ces deux cas, mieux vaut se faire conseiller par une association de protection de la nature.


Le destin naturel d'une mare

Une mare est un milieu évolutif, qui ne peut se maintenir indéfiniment sans intervention de l'homme ou de la nature, comme les crues. Les mares "jeunes" évoluent tout doucement vers des milieux plus stables où la végétation, le sol et le climat trouvent un équilibre. Le stade ultime de l'évolution naturelle est le climax. Dans le climat tempéré de l'Europe de l'ouest, le climax correspond à la forêt, sauf en haute altitude ou en sol salé, car la forêt ne peut pas s'y installer.
La mare est par définition un milieu clos où l'eau stagne et où des matériaux se déposent et s'accumulent. Son évolution se fait toujours selon le même processus, lent ou rapide.
D'abord, la mare est naturellement envahie par la végétation et la vase. Elle perd en profondeur et en surface du fait de l'accumulation de végétaux morts, de l'arrivée de sédiments minéraux, et donc de la ceinture de végétation aquatique qui profite de cette vase fertile et prend de plus en plus de place. Puis elle évolue vers une mare forestière, son volume se réduit et enfin elle se comble totalement : c'est le phénomène d'atterrissement.
Pourquoi ne pas laisser faire la nature ?
Au jardin, près de la maison, on ne souhaite pas arriver au stade de mare forestière ni de comblement. En outre, la suppression des mares pour diverses raisons, notamment les techniques agricoles, conduit à une disparition des mares anciennes sans création de nouvelles mares. Le fait de ralentir ou d'arrêter son évolution est plutôt favorable au maintien d'une riche biodiversité dans l'environnement du jardin.


Le mois de novembre est la bonne période pour intervenir, alors que de nombreuses espèces ont déserté les lieux, sauf pour le faucardage (voir plus loin), qui se pratique plutôt début octobre.

Les lentilles d'eau recouvrent la surface
La plupart des plantes de cette famille sont le signe d'une eau très riche en éléments nutritifs. En se développant à l'excès, elles empêchent la lumière d'atteindre le fond, ce qui perturbe l'activité des micro-organismes. Le plancton, qui constitue un maillon essentiel de la chaîne alimentaire disparaît, entraînant la disparition des plantes immergées et des insectes qui lui sont associés. L'eau s'appauvrit en oxygène, la matière s'accumule rapidement et forme un tapis de vase qui commence à combler la mare.
Lors du nettoyage d'automne, on peut appliquer la technique de l'écrémage : avec un râteau, une épuisette ou un instrument fait maison (râteau + grillage), on tire une partie des lentilles vers la berge. Avant de les exporter au compost, on les laisse quelques heures sur la berge pour que la petite faune aquatique retourne spontanément à l'eau. On conserve les lentilles sur un tiers environ de la mare. 
Un envahissement cyclique, qui disparaît spontanément, n'est pas inquiétant. Si en revanche il persiste pendant plusieurs années, c'est que l'eau est trop riche en matières nutritives, nitrates ou phosphates. Les causes peuvent être :
- dans une mare alimentée par l'eau du réseau, un excès de nitrates dans l'eau du robinet, dans ce cas alimentez-la uniquement par de l'eau de pluie ;
- dans une mare alimentée par un ruisseau, une eau trop riche (c'est souvent le cas), alimentez-la aussi avec de l'eau de pluie ; 
- dans une mare trop ombragée, un manque de lumière, dans ce cas, élaguez la végétation pour que d'autre plantes, aimant la lumière, viennent concurrencer les lentilles ;
- dans une mare très envasée, curez-la partiellement ;
- dans une mare alimentée par l'eau de ruissellement, une eau trop riche car elle traverse probablement une zone où de l'engrais a été épandu, il faut alors détourner l'eau en creusant un fossé, ou bien installer une large bande (plusieurs mètres) d'herbe ou de végétation destinée à absorber les substances nutritives.
Ne pas intervenir sur les lentilles au printemps, afin de ne pas déranger les pontes d'amphibiens (grenouilles, rainettes, crapauds, tritons).

Les plantes aquatiques envahissent l'eau
Ce sont des refuges pour la faune, elles constituent des micro-habitats variés. Mais lorsqu'elles prennent trop de place, ces plantes immergées empêchent la pénétration de la lumière dans l'eau, elles freinent la décomposition des feuilles mortes et la mare s'envase. Le manque d'oxygène a pour conséquence des odeurs désagréables. Le milieu s'uniformise et la biodiversité régresse. Bien souvent le phénomène est causé ou accéléré par un manque d'eau. On se dirige tout droit vers un comblement naturel de la mare.
La seule solution est de les retirer partiellement de l'eau - c'est l'étirage - par des moyens adaptés à chaque plante : à l'épuisette, au râteau pour celles qui se détachent facilement, à la main pour celles qui s'enracinent solidement. Chaque plante développe ses propres stratégies pour résister à l'arrachement : certaines se bouturent en détachant des fragments qui iront coloniser un autre secteur, certaines se décomposent l'hiver en conservant des bourgeons sur le fond, prêts à surgir au printemps, il faut adapter sa méthode à chacune en recherchant dans des guides leur mode de développement.
Il est possible d'éviter cette partie du nettoyage d'automne en prélevant régulièrement un peu de plantes tout au long de la saison, en remettant à l'eau les larves qui pourraient s'y trouver.
Toute cette matière peut aller enrichir le compost.

Les massettes, les iris, les joncs... "referment" la mare
Les plantes hélophytes, qui poussent les pieds dans l'eau et la tête au soleil, comme les phragmites, les rubaniers, les laîches, qui colonisent les berges, finissent par former une ceinture épaisse et par étendre par leurs rhizomes le centre de la mare. C'est la première étape de l'atterrissement, qui commence par le phénomène d'accumulation de végétaux morts servant de nourriture et d'ancrage à des végétaux de plus en plus gros, comme les saules et les bouleaux.
La solution est d'éclaircir tous les deux ans (pour respecter le cycle de vie des insectes qui vivent dans les tiges) ou moins, en coupant la partie émergée à la cisaille, au sécateur ou à la faux - c'est le faucardage - et en l'exportant à bonne distance de la mare. 
Ces plantes agissent comme un filtre biologique en absorbant de grandes quantités de matière nutritives, comme les nitrates, et des polluants, comme les métaux lourds.
La partie que l'on exporte permet d'épurer la mare. C'est le principe du lagunage que l'on voit de plus en plus pour traiter l'eau naturellement. Pour optimiser cette épuration, la meilleure période est le tout début d'automne, avant que le suc végétal, contenant les matières nutritives, descende vers les parties souterraines.
La partie que l'on conserve servira au printemps de support aux pontes des batraciens et d'abri d'hivernage pour de nombreux insectes.
Si l'envahissement est très important et met en péril la mare à court terme, il est indispensable d'extraire les rhizomes à la main, dans ce cas on peut se faire conseiller par un association de protection de  la nature.

Les saules envahissent la mare
A ce stade, on n'est pas loin de la mare forestière puis de son comblement. Les saules, mais aussi les aulnes, risquent d'assécher rapidement la mare s'ils sont trop nombreux ou volumineux. 
En prévention, on peut :
- arracher à la main les très jeunes plants (et non pas les couper, car cela stimule la repousse),
- veiller à ce que des branches ne tombent pas dans l'eau ou au sol car elles se bouturent très facilement,
- couper régulièrement au-dessous du niveau de l'eau les arbres trop gros pour être arrachés à la main mais encore assez jeunes, ils s'épuiseront peu à peu.
Si les arbres sont trop gros pour être arrachés à la pioche, voire au treuil - c'est l'essouchement - il faut faire appel à un professionnel (mécanisé !) et agir par étapes. Faire un essai d'abord, attendre de constater si la couche d'argile n'a pas été percée, puis faire un second arrachage.
Dans tous les cas, il est très important de conserver un ou plusieurs saules qui ont de multiples vertus, à condition de contrôler régulièrement leur expansion. Il servent de support de ponte et de reposoirs à certaines espèces de libellules, ils accueillent de nombreux insectes, des oiseaux, des poules d'eau, ils procurent une ombre légère à la mare et la protègent du vent.

L'eau est remplie d'algues filamenteuses
Ce sont des filaments verts ou verdâtres qui flottent entre deux eaux, et qui envahissent rapidement la mare sous l'effet de la chaleur et de la lumière. Quand elles sont vert anis, le spectacle est étonnant mais en cas d'envahissement important ou de décomposition avancée l'eau finit par sentir nettement le moisi. 
La prolifération est fréquente lors des périodes de grande sécheresse ou dans les mares jeunes où l'on a apporté de la terre végétale pour les plantations. Le phénomène se termine avec le gel ou des températures proches de zéro. 
Si le phénomène persiste ou se renouvelle, c'est qu'un excès de matières nutritives vient alimenter les algues, voir comment limiter en amont les apports extérieurs au paragraphe sur les lentilles d'eau.
Pour éviter que les algues ne pourrissent dans la mare, on peut en retirer une partie au râteau - c'est le râtelage. Attention ! Encore à l'automne, ces algues abritent de nombreuses larves de libellules et des tritons. Lorsqu'elles flottent entre deux eaux, elles ne pèsent pas sur les petits animaux, mais lorsqu'on les retire, elles forment une masse compacte qui peut les piéger. Pour éviter cet écueil, on dépose les masses gluantes en petites quantité sur la berge et, avec des gants, on étale délicatement les filaments. On voit alors les animaux qui commencent à se dégager et on les remet rapidement à l'eau. Ensuite, laisser les algues un jour ou deux sur la berge pour que la toute petite faune (les plus petites larves et les limnées par exemple), regagne l'eau, avant de les composter.
Cette opération peut être réalisée régulièrement tout au long de la saison, mais on risque de tuer les larves de triton à un moment où elles sont exclusivement aquatiques et respirent par des branchies très fragiles.
Dans tous les cas, conserver une partie des algues, qui sont utiles, il suffit de garder un tiers d'eau libre.

La vase s'accumule
Elle est nécessaire pour le bon fonctionnement de la mare. On n'intervient qu'en cas d'envasement excessif, lorsque les abords sont vaseux, ou en cas de mauvaises odeurs. C'est le signe que les micro-organismes ne sont pas assez nombreux pour dégrader normalement les végétaux ou les animaux en décomposition (feuilles mortes, brindilles et écorces tombées des arbres, déchets de plantes aquatiques, algues mortes, cadavres et déjection d'animaux...). A cela s'ajoutent éventuellement les sédiments apportés par le ruisseau qui alimente la mare et l'eau de ruissellement. 
Les bactéries qui réalisent ce travail de décomposition utilisent une grande quantité d'oxygène au détriment des autres animaux, également consommateurs d'oxygène. Il faut donc rechercher l'équilibre de la mare : de la vase, mais pas trop.
En prévention
Un niveau d'envasement bénéfique peut être obtenu :
- en supprimant les feuilles tombées des arbres,
- en limitant les apports excessifs de matières nutritives (voir le § sur les lentilles d'eau),
- en retirant partiellement la végétation aquatique morte,
- en veillant à une bonne pénétration de la lumière vers le fond de la mare, pour cela la végétation ne doit occuper plus d'un tiers de la surface de l'eau.
En restauration
Si l'envasement est vraiment excessif, par exemple si vous prenez possession d'un terrain avec une mare abandonnée, il faudra intervenir en réalisant un curage. C'est une opération brutale et risquée : le milieu sera gravement perturbé, et on risque de percer la bâche ou la couche d'argile. Il faudra vous faire conseiller par une association de protection de la nature. A prévoir pour la prochaine période d'assec (niveau le plus bas de la mare, voire sans eau du tout) et à programmer par étapes sur plusieurs années.
Autre solution, idéale quand on a de la place : puisque le destin naturel d'une mare (voir encadré) est l'atterrissement, il est possible de laisser la mare envasée évoluer vers le comblement, et en créer une autre à côté. On obtient alors un mini réseau de mares, qui favorisera la biodiversité. La mare ancienne verra évoluer sa faune vers des espèces plus rares, et la mare jeune  verra arriver une faune plus banale, mais plus facile à obtenir.

Les moustiques prolifèrent
Une mare bien installée et équilibrée ne cause pas de prolifération de moustiques car les prédateurs sont nombreux. Au stade de larves, ils sont consommés par les dytiques et les larves de libellules. Au stade adulte, les principaux prédateurs sont les hirondelles et les martinets (jusqu'à 3000 moustiques consommés par jour) et les chauves-souris (jusqu'à 600 à l'heure !).  A tous les stades, ils sont mangés par les batraciens.
Plusieurs causes de prolifération sont possibles :
- la mare est très jeune (un an ou deux), et les moustiques colonisent rapidement l'eau alors que les prédateurs ne sont pas encore installés, la mare va s'équilibrer et le problème sera résolu naturellement, en attendant protégez-vous et protégez votre maison ;
- la mare est ancienne mais un déséquilibre se manifeste à travers les moustiques, le prédateurs ne sont pas suffisamment nombreux, probablement à cause d'une réaction en chaîne : un excès de matières nutritives entraîne une trop grande quantité de matières en décomposition, qui entraîne une grande consommation d'oxygène par les bactéries qui dégradent les matières mortes, au détriment des larves de libellules et des batraciens entre autres (voir le § sur les lentilles d'eau et la vase) ;
- la mare est ancienne et bien équilibrée, une autre cause est peut-être à rechercher dans les autres points d'eau stagnante qui constituent des gîtes larvaires (sans prédateurs) comme les flaques, les réserves d'eau, les pots de fleurs (voir Eau et moustiques).

L'ombre progresse sur la surface de l'eau
Une mare doit être à mi-ombre, on considère généralement qu'elle doit être ensoleillée sur les deux tiers. Lorsqu'une mare est trop ombragée, il faut intervenir par étapes pour ne pas bouleverser trop brutalement son équilibre. 
Conserver les arbres au nord de la mare car ils ne produisent pas d'ombre, et à l'ouest pour limiter l'échauffement excessif l'été, et ceux-ci dans les deux cas protègent des vents dominants. Eclaircir le sud et l'est. 

La mare s'assèche
Il existe dans la nature des mares temporaires, notamment les mares méditerranéennes,  qui sont des biotopes intéressants car elles sont colonisées par une flore et une faune adaptées aux assèchements annuels ou non, par exemple des amphibiens rares en France. Si vous en avez une, c'est une richesse à préserver.
En général on creuse une mare pour la conserver en eau. Etant donné que l'évaporation entraîne une perte d'un centimètre par jour, le niveau de la mare baisse rapidement en été. Tant que les période d'assec ne reviennent par trop souvent, tous les cinq ou six ans, tant que l'assèchement est partiel, en laissant une petite zone en eau, tant que la baisse de niveau n'a pas lieu au printemps en période de ponte, la faune et la flore n'en souffrent pas trop. Cela assainit même la mare, car la vase sèche et se craquelle, ce qui lui permet de s'oxygéner et de relancer sa dégradation. 
En revanche, si l'assèchement revient tous les ans, ou se produit au printemps, il faut revoir sa conception : vérifier si la couche imperméable, argile ou bâche, n'est pas percée, revoir son profil, la recreuser au moins sur une petite zone, étudier la nappe phréatique le cas échéant (de plus en plus surexploitée)... Faites intervenir un professionnel, c'est plus prudent.

Libellule, mare ombragée artificiellement au Festival des jardins à Chaumont-sur-Loire, pontes de batraciens, mare évoluant naturellement au Parc floral d'Apremont, tritons alpestres.
Libellule, mare ombragée artificiellement au Festival des jardins à Chaumont-sur-Loire, pontes de batraciens, mare évoluant naturellement au Parc floral d'Apremont, tritons alpestres.
Libellule, mare ombragée artificiellement au Festival des jardins à Chaumont-sur-Loire, pontes de batraciens, mare évoluant naturellement au Parc floral d'Apremont, tritons alpestres.
Libellule, mare ombragée artificiellement au Festival des jardins à Chaumont-sur-Loire, pontes de batraciens, mare évoluant naturellement au Parc floral d'Apremont, tritons alpestres.
Libellule, mare ombragée artificiellement au Festival des jardins à Chaumont-sur-Loire, pontes de batraciens, mare évoluant naturellement au Parc floral d'Apremont, tritons alpestres.

Libellule, mare ombragée artificiellement au Festival des jardins à Chaumont-sur-Loire, pontes de batraciens, mare évoluant naturellement au Parc floral d'Apremont, tritons alpestres.

Sources, informations complémentaires
Expérience personnelle
Assistance technique par La Société d'histoire naturelle d'Autun
Une porte d'entrée très pédagogique : Gérer une mare, un livret de 76 pages  par la Fédération CPN, avec le Cercle des naturalistes de Belgique, à se procurer en ligne ici.
Le dossier Protéger les mares temporaires, par l'Association de gestion de la réserve naturelle de Roque-Haute

Retour à Une mare pour la faune

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article