Se débarrasser de l'ambroisie, invasive et allergisante

Publié le par Marie-Claire RAVE

Un champ de maïs envahi par l'ambroisie


En fin d'été, il suffit de quelques grains de pollen dans l'air pour que l'ambroisie (Ambrosia artemisiifolia) déclenche nez qui coule, yeux qui pleurent, peau qui démange et bronches qui grondent. C'est aussi le moment de repérer les plants pour mener efficacement la lutte au printemps prochain. 

Une plante hautement allergène
Avec son milliard de grains de pollen par plante, l'ambroisie provoque de nombreux cas d'allergie au moment de sa floraison en fin d'été avec un pic en septembre. Dans une des régions atteintes depuis le plus longtemps, l'ancienne région Rhône-Alpes, 13 % des habitants sont touchés par l'allergie, voire 21 % dans les zones les plus infestées,  et les symptômes sont multiples :
- conjonctivite,
- rhinite avec écoulement nasal,
- trachéite, toux et autres symptômes respiratoires,
- plus rarement urticaire et eczéma.
Selon les agences régionales de santé, la moitié des cas d'allergie peut évoluer l'apparition ou l'aggravation de l'asthme. 

Une plante invasive
Il semble que l'ambroisie ait été importée accidentellement en Allemagne en 1863 avec des semences de blé, de trèfle violet et de pommes de terre, puis observée dans la vallée de la Loire en 1865. A partir de là elle a colonisée la vallée de la Loire. La population d'ambroisie est restée stable puis, dans les années 1980, elle s'est répandue dans la vallée du Rhône et continue depuis sa progression dans toute la moitié sud de la France.
L'invasion est favorisée par plusieurs caractéristiques qui vont dans le même sens. D'une part c'est une plante pionnière, qui colonise les sols nus et se répand en suivant les voies de communication grâce aux terrains remaniés des bords de route, d'autoroute de de voies ferrées. Elle envahit aussi les chantiers, les terrains vagues, les décombres, les décharges et les zones d'entrepôt. D'autre part, elle a un fort pouvoir de dispersion grâce à une énorme production de graines, 3000 par plante, graines qui de surcroît peuvent rester en dormance dans le sol pendant plus de dix ans, prêtes à germer dès que les conditions deviennent propices à la germination. Les opportunités peuvent être climatiques,  ou physiques, comme les aménagements du sol ou les labours. Les graines ont aussi la capacité de germer et de lever à une profondeur importante, jusqu'à 8 centimètres.

Une calamité agricole
L'ambroisie est devenue extrêmement difficile à maîtriser, car elle a profité de la mécanisation de l'agriculture et des herbicides auxquels elle est résistante et qui, après destruction des autres adventices, lui laissent le champ libre. En observant les cultures autour du jardin, on peut se douter du risque de dispersion de la plante. Le tournesol est particulièrement difficile à désherber, car l'ambroisie a le même cycle de végétation (levée, floraison et maturité des graines en même temps) et peut dépasser le tournesol en été,  ce qui compromet la récolte. Le soja est également fortement concerné. Le colza en revanche couvre bien le sol et limite la germination de l'ambroisie. Si on a une grande surface de terrain à gérer, comme une ancienne ferme ou une ancienne friche, avec une infestation particulièrement forte, on peut s'inspirer des conseils des chambres d'agriculture de sa région qui préconisent tous les leviers agronomiques adaptés localement (repérage précoce, faux semis, associations de plantes, rotation des cultures, gestion de l'interculture...) avant d'en venir aux herbicides, à bannir totalement hors production agricole.

Une intruse dans les graines pour oiseaux
Du fait de l'invasion des champs de tournesol par l'ambroisie, leurs graines voyagent ensemble dans les circuits commerciaux. C'est ainsi que les emballages de graines qu'on achète en hiver pour nourrir les oiseaux contiennent souvent des graines d'ambroisie. Un désherbage s'impose sur les sites de nourrissage lors de la germination au printemps ! La LPO conseille même de tamiser les graines de tournesol avant d'alimenter les mangeoires. Un tamis à mailles de 3 millimètres est le plus adapté.

Comment la repérer, comment éviter les confusions ?
L'ambroisie la plus commune est Ambrosia artemisiifolia, on peut la confondre avec l'armoise (Artemisia vulgaris), artemisiifolia signifiant précisément "à feuilles d'armoise". Les deux plantes ont un port buissonnant et portent de longs épis en chandelle et des feuilles très découpées. Deux critères pour les distinguer en toute saison : l'armoise a des tiges lisses alors que celles de l'ambroisie sont velues, et les feuilles d'armoise ont un revers blanchâtre tandis que celles de l'ambroisie sont du même vert franc dessus et dessous. En période de floraison, les fleurs de l'ambroisie sont vert anis en bouton puis jaunes, les fleurs de l'armoise sont vert-de-gris en bouton puis blanchâtres. A la naissance, quand elle n'a encore que ses premières feuilles, on peut confondre l'ambroisie avec l'anthémis des champs, appelée aussi camomille sauvage (Anthemis arvensis).
En fait les ambroisies sont trois :
- l'ambroisie à feuilles d'armoise (Ambrosia artemisiifolia), une annuelle, qui forme un buisson d'un mètre ou un peu plus,
- l'ambroisie trifide (Ambrosia trifida), une annuelle qui forme un buisson de quatre mètres environ, aux feuilles généralement à trois lobes, rarement un ou cinq,
- l'ambroisie à épi lisse (Ambrosia psilostachya), une vivace qui se reproduit essentiellement par drageons, rarement par semis, aux feuilles de forme variable, et qui se développe en un buisson de deux mètres.
Les conseils et préconisations qui suivent concernent les deux espèces annuelles. Pour l'espèce vivace, seul l'arrachage est efficace.

Au jardin, comment lutter ?
Lors du pic d'allergie, il est malheureusement trop tard pour agir contre l'invasion de l'ambroisie, ce serait même contre-productif : en manipulant les plants pendant la floraison, vous risquez de répandre le pollen et, après la floraison, de disséminer les graines. Vous ne pouvez qu'apprendre à identifier les jeunes plants, sur le terrain lorsque les graines continuent à germer, ou sur photo. 
C'est donc avant la floraison, du printemps à fin juillet, qu'il faut être opérationnel pour arracher les plants printaniers (avec gants, lunettes et masque si on se sait allergique) dès qu'on ne peut plus les confondre avec la camomille sauvage, et les composter ou les laisser se dégrader au sol. Puisque c'est une annuelle, elle ne pourra pas se reproduire tant qu'elle n'a pas formé de graines.
Pendant les travaux de printemps et d'automne, puisque l'ambroisie est aussi une plante pionnière qui colonise les terrains nus, les soins du sol contribueront à la lutte :
- couvrir le sol par un paillage, végétal ou minéral selon les situations, pour éviter la germination,
- le retourner le moins possible pour éviter que les graines anciennes ne remontent à la surface,
- semer des engrais verts pour couvrir le sol mais aussi pour introduire de la concurrence,
autant de pratiques appliquées en permaculture. Si ce n'est déjà fait, peut-être l'occasion de s'y mettre ?

Au-delà du jardin, un plan de lutte national et une application mobile
Devant les dégâts sur l'agriculture et les dépenses de santé, le gouvernement a mis en place en 2011 un Observatoire des ambroisies qui coordonne les actions de prévention et de lutte contre l'invasion. On y trouve de très nombreuses photos pour apprendre à identifier les trois ambroisies à tous les stades afin d'être prêt au printemps pour l'arrachage. Vous pouvez également participer à la lutte en signalant les plants d'ambroisie sur https://www.signalement-ambroisie.fr ou sur l'application mobile Signalement ambroisie.

Les plantules d'ambroisie à feuilles d'armoise à arracher au printemps (photos Observatoire des ambroisies)Les plantules d'ambroisie à feuilles d'armoise à arracher au printemps (photos Observatoire des ambroisies)Les plantules d'ambroisie à feuilles d'armoise à arracher au printemps (photos Observatoire des ambroisies)

Les plantules d'ambroisie à feuilles d'armoise à arracher au printemps (photos Observatoire des ambroisies)

Sources, informations complémentaires
Le site l'Observatoire des ambroisies
La fiche Ambroisie de la Chambre d'Agriculture de Bourgogne-Franche-Comté, 2018-2019
Les fiches des ARS (Agences régionales de santé), par exemple celle de la région Nouvelle Aquitaine
 

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