Organiser le jardin pour vivre avec les limaces

Publié le par Marie-Claire RAVE

Organiser le jardin pour vivre avec les limaces

La limace et la petite feuille flétrie

Une limace glissait nuitamment dans mon jardin.
Elle rencontra en chemin une petite feuille flétrie qui lui dit :
"Regarde, limace, les belles salades vertes du jardinier !"
"Foin de mets grossiers, répondit la limace, 
il faudrait vraiment être affamée !
Sais-tu que toi, tu es déjà cuisinée aux champignons ?"
Et la mangea.

C'est ce que m'inspire une conférence d'Hervé COVES, ingénieur agronome. Son analyse a complètement changé ma vision des limaces. Jusqu'ici, je pensais qu'il fallait les éloigner du jardin, maintenant je sais que la meilleure solution est de vivre avec elles, et que "La Vie est belle".

Plus que les astuces que je vous livrais précédemment, c'est l'organisation du jardin qui est à repenser.

lutte biologique contre  les limaces

La "digestion" du sol
Et pour cela, il faut connaître le processus de décomposition des végétaux, dans lequel la limace joue un rôle. Hervé COVES considère le recyclage des végétaux comme une digestion du sol.
Résumé : dès qu'un végétal meurt, il est d'abord digéré par des champignons qui détruisent la lignine, puis les insectes consomment les champignons. Les vers de terre consomment à leur tour les excréments des insectes et fabriquent des agrégats composés de minéraux et de végétaux délignifiés. Il ne reste donc que la cellulose de ces végétaux.
Lorsque l'on dispose d'un sol riche et stabilisé, contenant des champignons, l'essentiel de la décomposition du sol est assuré par ces champignons, et il y a peu de limaces. La limace n'intervient que dans un cas précis : lorsqu'une feuille en train de se flétrir est au sol, il y a abondance de ressource à cet endroit et voilà la limace qui entre en jeu ! Elle consomme les champignons  qui ont commencé à attaquer les feuilles et ainsi vient réguler l'extraordinaire production de spores de champignons pathogènes. Sans elle, les maladies fongiques exploseraient.
Au contraire, lorsque le sol est simplifié, sans champignons, c'est la porte ouverte aux limaces. La conclusion est simple : s'il y a trop de limaces, c'est que le sol est déséquilibré, il a besoin, pour se stabiliser, qu'on incorpore du bois par exemple, pour recréer un processus de décomposition par les champignons.
Ainsi, dans un jardin bien installé, la limace n'entre dans le processus de digestion du sol que dans des cas très particuliers, notamment la présence de feuilles flétries, ou de végétaux malades ou stressés par la transplantation, qu'elle préfère aux végétaux vivants et sains.

lutter naturellement contre les limaces

Paradoxalement, nourrir les limaces
Au sortir de l'hiver, les limaces sont affamées. Elles se ruent, à leur rythme, sur tout ce qui pousse. Une bonne solution est donc de les nourrir pour les aider à passer ce cap et ainsi épargner les cultures. Puisqu'elles préfèrent la matière juste morte, il suffit de placer des feuilles coupées ou des déchets végétaux autour de vos plants de fleurs et de légumes, soit sous le paillage au moment de la plantation, soit dessus lorsqu'on renouvelle l'opération. J'ai essayé aussi de soulever le paillage pour remplacer les feuilles déjà trop décomposées par des feuilles fraîches. J'utilise ce que j'ai sous la main, déchets de cuisine, feuilles de plantes envahissantes comme la bardane ou molène... Le jour de la plantation, c'était tarte à la rhubarbe !
J'ai testé pour vous cette technique sur plusieurs semaines et dans des situations variées, mon jardin étant fractionné sur diverses strates de sol. Cela fonctionne à merveille ! Les limaces sont bien présentes, j'en exporte au compost ou dans la campagne environnante quand j'ai du temps, mais elles ne mangent pas les plants de fleurs ni de légumes. Je retrouve le matin les feuilles-appâts trouées et tartinées de bave, mais les petits plants sont intacts.

limace compost

Les attirer loin du potager
Le compost est intéressant pour les limaces. Elles peuvent y consommer la matière végétale juste morte, qui se trouve régulièrement renouvelée.
Etant donné qu'elles adorent les brassicacées (les plantes de la famille du chou : radis, navets, moutarde...), on peut cultiver à l'écart du potager de la moutarde, qui est aussi un engrais vert.

A l'inverse, les repousser du potager
Sachant qu'elles détestent l'odeur de certaines plantes, il est malin de les planter disséminées au milieu des cultures sensibles, ou bien tout autour des cultures, au lieu de les aligner en planches traditionnelles : elles sont repoussées notamment par les œillets d'Inde (tagètes), l'ail et l'oignon, le persil, l'armoise, le gingembre.
S'il reste malgré tout des limaces dans le potager, on peut détourner leur attention en plantant les variétés qui les attirent encore plus que les légumes, comme le tournesol, le colza ou les roses trémières. A vous de jouer fin !

Laisser vivre leurs prédateurs
Les principaux prédateurs de la limaces sont les carabes et les staphylins, des coléoptères qui sont un indicateur de biodiversité. La base de leur nourriture étant les insectes, on peut disposer un tas de bois près du potager pour y maintenir une population de staphylins. Et y planter aussi des brassicacées pour attirer les limaces vers leurs prédateurs.
Entre les cultures, les poules et les canards, de préférence contenus par un poulailler mobile, pourront nettoyer le terrain pendant tout l'hiver.
Les hérissons et les oiseaux consomment aussi des limaces.

Les semis en godets
Il est déconseillé de planter lors du pic d'activité des limaces (au printemps par temps humide par exemple). Mieux vaut semer en place très tôt ou cultiver vos plants en godets, mais elles en sont aussi friandes. Pour protéger vos tables ou étagères à semis, placer leurs pieds dans des récipients d'eau.

L'arrosage et la mare
Le meilleur arrosage est celui du matin car les limaces n'ont pas le temps de se réveiller pour aller manger, et le soleil les chasse.
Si vous avez la chance de pouvoir réaliser une mare, placez-la à l'écart du potager pour qu'elles s'y maintiennent au frais.

limace feuille flétrie

Trop de limaces : un indicateur de déséquilibre du sol
Si malgré cette organisation du jardin, vous avez toujours une surpopulation de limaces, c'est que votre sol est déséquilibré :
- votre sol est en cours d'aggradation, c'est-à-dire d'enrichissement, parce que votre jardin est encore jeune, vos buttes pas encore stabilisées ou l'épandage de BRF (bois raméal fragmenté) récent, les limaces prolifèrent temporairement,
- le paillage est trop humide,
- le sol manque de matière en décomposition il est trop "propre", trop bien désherbé,
- ou bien le sol manque de champignons, les limaces font en partie le travail de "digestion" à leur place,
- ou la biodiversité n'est pas suffisante, les prédateurs comme les staphylins et les carabes sont absents.

Sources, informations complémentaires
Conférence d'Hervé COVES à l'Université Populaire de Permaculture, PLUFUR, printemps 2014. Conférence sans images, un peu longue car interactive, une heure 15, qui peut s'écouter comme la radio en faisant autre chose !

Créé le 28 mai 2018
Mis à jour le 18 mai 2019

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Commenter cet article

Eric 13/05/2019 15:29

Bonjour, mon problème est tout différent: je cultive pleurotes et strophaires rouge-vin sur copeaux de bois, donc le sol ne manque pas de bois et pourtant mes champignons sont régulièrement dévorés par les limaces. J'ai essayé la lutte biologique avec des nématodes, sans succès. Il parait que pleurotes et strophaires soient capables de pièger et digérer les nématodes avant que ceux-ci aient pû s'attaquer aux limaces. Si vous avez une méthode "douce" pour éloigner les limaces de mes champignons, je suis preneur.

MIMI, mamie des oiseaux 17/06/2019 01:01

bonsoir, si vous les habituez à avoir une table ouverte dans votre jardin et que vous sacrifiez quelques champignons de paris, en cuisinant si vous ne gardez pas les pieds - cet hiver quand j'avais ma cueillette de rosé, je leur en offrais, ceux qui avaient déjà été visités et c'est vrai qu'elles aiment les champignons mai c'est un peu normal, c'est une odeur qu'elles doivent aimer puisqu'elles sont sur terre pour participer à la transformation de la matière en champignon
j'ai vu sur fb que certaines personnes avaient mis des barrières avec des tiges de rosiers épineux et ça marchait

Marie-Claire RAVE 13/05/2019 16:08

Effectivement un lit de copeaux de bois n'est pas le sol équilibré dont rêve le jardinier. La première idée qui me vient à l'esprit : faire nettoyer les copeaux par des poules, avant la culture ou autour de la culture. Ceci dit sans aucune expérience de ce type de champignons !

geraldine 29/05/2018 23:29

très intéressant cet article.je vais essayer la méthode vieille feuille!!!merci en tout cas .je n'aime pas tuer ses petites bestioles . finalement elles ne font pas grand mal c'est juste que je les trouve un peu écœurantes près de mes salades ;

MIMI, mamie des oiseaux 17/06/2019 00:57

bonjour, attention si vous leur offrez des vieilles feuilles toutes fanées, sèches, ça ne leur conviendra pas mais fraichement fanées oui et n'oubiiez pas, il faut changer les mentalités et les habitudes, ne pas arroser le soir et mettre des coupelles d'eau dans votre jardin, ça pourra servir à d'autres - l'eau c'est la vie et "la Vie est Belle" - pourquoi écoeurantes serait-ce un délit de faciès - au lieu de faire un seul composteur, partagez avec elles, tout comme les pommes pourries, ne les mettez pas au composteur, elles feront la joie des merles, les fruits pourris feront la joie des papillons qui sucent et d'autres butineurs - c'est du recyclage (lol) - n'hésitez pas à regarder les vidéos de Hervé COVES que vous trouverez sur you tube, c'est formidable, riches d'enseignement et vous confirmera que l'homme n'est rien à côté de ce petit monde qui fait la biodiversité à qui on a rien à leur apprendre, est ce que vous avez déjà vu des écoles pour gallinacés
bonne continuation - nous avons tous un rôle à jouer dans l'univers et sachons nous respecter, nous les humains nous ne somme qu'un maillon de la chaîne

Marie-Claire RAVE 30/05/2018 07:42

Merci ! Quand vous l’aurez testée, faites connaître la méthode, vous contribuerez à réduire autour de vous l’usage de la chimie.