Un nouveau ravageur des jardins : le plathelminthe terrestre

Publié le par Marie-Claire RAVE

Plathelminthe Obama nungara - Photo Xavier JAPIOT

Plathelminthe Obama nungara - Photo Xavier JAPIOT

Une nouvelle série d'envahisseurs est arrivée dans nos jardins par l'intermédiaire du commerce international de plantes en pot. Elle est apparentée à notre sympathique ténia : ce sont les plathelminthes terrestres. Parmi les espèces repérées en France métropolitaine, je vous présente celui qui a été signalé sur le plus grand territoire (jusqu'à 72 départements) : Obama nungara. Rien à voir avec qui vous savez.
Il nous vient du Brésil*. Le drame est qu'il n'a pas de prédateurs chez nous et qu'il est un énorme consommateur de lombrics.
*Mise à jour du 6 février 2020 : l'analyse génétique évoque une origine argentine.

Où est-il présent ?
Le premier plathelminthe a été découvert en France en 2013 par un photographe passionné d'insectes et de macrophotographie, Pierre GROS. Une photo publiée sur le forum insectes.org est arrivée jusqu'aux chercheurs du  Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), qui ont croisé l'image avec toutes les espèces animales connues dans le monde. Depuis la publication des premières photos et  le lancement d'une grande enquête auprès du public, les jardiniers ont envoyé leurs photos et témoignages en masse et les constatations continuent de se multiplier. Actuellement nous en sommes à neuf espèces identifiées et bien installées en France.
L'espèce Obama nungara touchait 72 départements de France métropolitaine en avril 2019, contre 60 six mois auparavant. On le trouve principalement dans les jardineries, qui reçoivent des conteneurs entiers de plantes en pot de tous les pays du monde, et  par conséquent dans les jardins qui ont accueilli ces plants. A partir de là, il est possible qu'il se soit installé dans le milieu naturel, mais on ne l'y a pas encore recherché de manière systématique.

Comment l'identifier ?...
… si on n'en a jamais vu. Ce qui vous frappera d'abord si vous en croisez un, c'est qu'il ne ressemble à rien que vous connaissiez. Il est très plat, d'où son nom "obama" qui signifie en langage Tupi, parlé au Brésil, "animal-feuille". Il mesure environ 5 cm de longueur et 1 cm de largeur, il est parfaitement lisse et brillant, un peu gluant, sans segment, sans strie, et se déplace lentement. Il collectionne les bizarreries. 
- Sa couleur. Son dos est bien souvent marron, mais il peut devenir orangé ou jaune clair, voire noir, simplement en fonction de son dernier repas. La face inférieure est toujours très blanche.
- Ses yeux. On voit sur la photo ci-dessous de minuscules points de chaque côté de la tête : ce sont des centaines d'yeux !
- Sa bouche. Elle est située sous le ventre, en plein milieu, et sert également d'anus. Cette position  médiane permet de réduire le circuit des aliments dans le corps et leur retour sous forme de déchets. Deux minuscules intestins desservent les extrémités. Pour se nourrir, il extériorise son pharynx pour envelopper sa proie et sécrète des sucs qui la réduisent en soupe nutritive.
Moins visibles…
- Sa reproduction. Elle est sexuée, sachant qu'il est hermaphrodite. Il pond non pas des œufs mais des cocons de ponte sphériques, de 4 mm de diamètre, contenant des embryons, et que vous pouvez trouver dans le sol.
- Ses organes internes. Ils se limitent à un minuscule cerveau et un appareil reproducteur. Tout le reste du corps n'est qu'une masse cellulaire indifférenciée. Il n'a ni poumons ni cœur, il respire par sa peau. Sa forme plate permet de limiter la distance à parcourir par l'oxygène.

Photo Piterkeo

Photo Piterkeo

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Photo Xavier JAPIOT

Que faire pour s'en débarrasser ?
Dans son pays d'origine, il est régulé par ses prédateurs, entre autres un escargot et d'autres espèces de plathelminthe. En France, il n'a pas de prédateur naturel, et il n'est pas envisageable d'importer ses prédateurs brésiliens, car le remède serait probablement pire que le mal. On a essayé de le donner aux poules, mais si elles en mangent une fois, elles ne recommencent jamais. En effet, son mucus est tellement infect qu'aucun animal de nos régions ne peut en consommer. Un chercheur du MNHN a tenté l'expérience et en garde un souvenir pénible.
Pour le repérer, il faut arpenter son jardin nuitamment avec une lampe-torche, car il ne sort que la nuit.
Si l'on en trouve un, la seule solution est de le prélever, surtout pas à main nue, et de le brûler ou de le noyer, non sans l'avoir photographié préalablement à côté d'un objet qui indique sa dimension (pièce de 1 euro, règle graduée…).

Quel est l'enjeu ?
Faute de prédateurs naturels, rien ne freine son expansion. Or il se gave de lombrics, nos vers de terre communs. Le rôle du lombric est fondamental dans l'équilibre des sols. En creusant ses minuscules trous, il aère le sol et le rend perméable à la pluie. Sans lombrics, le sol se tasse et devient imperméable.
Il semble qu'on n'ait pas encore mesuré l'importance du fléau.

L'étude collaborative : comment participer ?
La piste sur laquelle travaille le professeur Jean-Lou JUSTINE pour juguler l'expansion d'Obama nungara est la connaissance de ses moeurs et de sa sexualité. Pour cela il lance un appel à collaboration à tous ceux qui repèrent un plathelminthe. 
Avant de participer à l'étude via son site, qui concerne tous les plathelminthes et pas seulement Obama nungara, il vous demande de bien vous assurer de ne pas les confondre avec les animaux suivants : 
- les limaces, qui ont des cornes et ne sont pas plates,
- les vers de terre, qui ont des anneaux,
- les chenilles, qui ont des pattes,
- les sangsues, qui sont aquatiques et ont des ventouses,
- les iules, qui ont des dizaines de petites pattes,
- les orvets, qui ont des yeux, une bouche, des écailles, et qui bougent vite.
En tout cas, aucun de ces animaux n'est plat comme un plathelminthe.
Vous trouverez des images de toutes les espèces de plathelminthe sur son site (voir "Sources" ci-dessous).
Ces précautions prises, vous pouvez vous lancer !

Sources, informations complémentaires
La conférence du 20 mars 2018 par Jean-Lou JUSTINE, professeur au Muséum national d'histoire naturelle,  environ 1 h 30, pour connaître les huit autres espèces de plathelminthe
Son site, avec cartes et photos
Un article du même auteur dans The Conversation
Si vous trouvez un plathelminthe, vous pouvez aller directement à la page qui vous dit comment participer à l'étude collaborative.

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Le résultat de l'enquête participative, 6 février 2020

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Commenter cet article

le jardin d'Edwige 16/06/2019 14:20

Et bien ! Quand le temps sera plus clément, je vais arpenter le jardin munie de ma lampe poche et j'espère bien ne pas le rencontrer... Je préfère notre ami le hérisson qui se fait plus discret cette année.