Le jardin de César Troisgros

Publié le par Marie-Claire RAVE

Le jardin de César Troisgros

A Roanne, la ville où j'ai fréquenté pendant sept ans le lycée Jules Ferry, César Troisgros, fils de Michel, petit-fils de Pierre, arrière petit-fils de Jean-Baptiste, le créateur du restaurant du même nom, continue l'aventure familiale. Depuis le déménagement du restaurant triplement étoilé dans la campagne à Ouches, c'est lui, avec le paysagiste Damien Roger, qui veille sur le jardin et casse les codes.
Et l'on commence très fort dès l'entrée ! Ce sont les poules et les courges qui vous accueillent (les gallinacées et les cucurbitacées, j'entends). Les troncs des arbres abattus par les tempêtes sont laissés sur place en bordure du parking et se dégradent naturellement. Un épais paillage de chaque côté de l'allée en plaques de béton (argile oblige) donne le ton : zéro phyto et limitation du désherbage, abandon des codes du jardin "bourgeois", présence forte des fruits et légumes dans le décor.

Le jardin de César TroisgrosLe jardin de César TroisgrosLe jardin de César Troisgros

Le verger
Il existait un verger dont les plus beaux arbres ont été conservés, les autres sont remplacés par de jeunes arbres essentiellement locaux : pommiers, pruniers, cerisiers, abricotiers, cognassiers, figuiers, plaqueminiers, nashis.

Le clos blanc
C'est un jardin clos de hauts murs qui protègent la végétation du froid, et qui sont de surcroît peints en blanc pour renvoyer la lumière. Il permet de cultiver les variétés de fruits les plus frileuses, voire exotiques : kiwis, kiwaïs, grenadiers, jujubiers, asiminiers, qui finiront dans l'assiette. Comme dans les autres jardins du domaine, des salons permettent de passer un moment au milieu des plantes rares. Et comme  partout la traditionnelle pelouse est remplacé par du pré et le sol nu par divers paillages.

Le jardin des kakis
Au premier abord, il s'agit d'alignements de graminées très graphiques, puis en quadrillant le jardin le long de ces lignes, on voit émerger des plantes rares et de jeunes arbustes comestibles, pacaniers, néfliers de chine, poivriers de Sichuan…
J'ai adoré l'utilisation des ces grandes graminées, qui occupent le terrain par de belles vagues dorées en attendant que les arbres poussent. Leur présence forte autorise des allées en pelouse approximative, qui tend vers une herbe à pré. Quelques-unes sont attachées en queue de cheval. Et surtout, elles finissent leur vie en paillage tout-à-fait inattendu le long de la "maison des kakis", un joli paillage à la fois naturel et calibré, chaud et graphique. Le chat ne s'y trompe pas.

Poivrier et catalpa (clin d'oeil pour ses haricots géants) émergent des graminéesPoivrier et catalpa (clin d'oeil pour ses haricots géants) émergent des graminéesPoivrier et catalpa (clin d'oeil pour ses haricots géants) émergent des graminées

Poivrier et catalpa (clin d'oeil pour ses haricots géants) émergent des graminées

Le paillage de graminées géantes, bien ordonné, mais pas pour longtempsLe paillage de graminées géantes, bien ordonné, mais pas pour longtemps

Le paillage de graminées géantes, bien ordonné, mais pas pour longtemps

Le futur potager
César Troisgros suit l'air du temps en envisageant de cultiver le potager, encore en chantier, selon les principes de la permaculture. Il souhaite aussi retrouver et préserver des variétés locales de légumes presque disparues. Dans le reportage du journal Le Temps (voir Informations complémentaires), il raconte comment il a eu la chance de trouver les dix derniers kilos de graines de fèves d'Auvergne avant leur disparition complète.
Actuellement, le potager cultivé en buttes est essentiellement composé d'aromatiques locales (oseille, ciboulette...) ou exotiques (coriandre vietnamienne, shiso japonais…)

Les terrasses, recoins et passages
Les vieux murets, la terrasse de la volière, les escaliers, les passages entre les bâtiments sont animés par des collections de poteries garnies de collections de plantes.
Je pense d'ailleurs reconnaître ici les topiaires qui marquaient l'entrée du restaurant de Roanne sur le trottoir face à la gare.
Les poteries vernissées et jouflues dans les espaces sophistiqués s'opposent aux simplissimes pots de fleurs géants.
Sur cette terre très argileuse (de la soupe l'hiver et du béton craquelé l'été), pas de pelouse dans les circulations, on se trouve dans un univers minéral de gravier ou de brique concassée et adoucie.

Le jardin de César TroisgrosLe jardin de César Troisgros
Le jardin de César TroisgrosLe jardin de César Troisgros

L'étang
Le domaine se prolonge par des prairies et un étang aux bords quelquefois marécageux. Plutôt que de drainer ou combler  le marécage comme cela se pratique généralement, des platelages de bois ont été installés pour traverser les passages difficiles. On laisse ainsi le niveau varier en fonction des saisons.
De nombreux arbres locaux ont été ajoutés à la végétation naturelle, surtout des sureaux, dont le fleurs et les fruits sont comestibles, et sont appréciés des oiseaux.

Le jardin de César TroisgrosLe jardin de César Troisgros

Et la faune ?
On remarque dans la vigne vierge de nombreux nichoirs en osier tressé, un tas de bois dans une niche pour accueillir toutes sortes de bestioles, mais j'ai des doutes sur la protection anti-chats dont on ne trouve trace. En revanche la volonté de favoriser de nombreuses espèces comestibles locales, comme le sureau, l'absence totale de pesticides et la préservation des prairies fauchées une ou deux fois par saison, me semblent beaucoup plus efficaces que quelques nichoirs gadgets.

Nichoirs et niche à bois... au dessus du domaine du chat.Nichoirs et niche à bois... au dessus du domaine du chat.

Nichoirs et niche à bois... au dessus du domaine du chat.

Le jardin des kakis peuplé de graminées qui ont atteint deux mètres en un an fait oublier que ce domaine totalement renouvelé est très jeune. La réflexion de César aussi en est à ses prémices. Elle devrait s'enrichir prochainement des principes de la permaculture, testés pour l'instant sur 250 mètres carrés seulement. Comment concilier le luxe - ou l'art - et la permaculture, qui est loin de se limiter à une technique de jardinage ?
Je me promets de revenir pour voir évoluer le jardin et l'engagement du maître des lieux pour la biodiversité.

Informations complémentaires
Un joli reportage du journal Le Temps,
César Troisgros, au nom de la fève, où vous retrouverez cette jolie photo de Félix Ledru.
D'autres photos des jardins en toutes saisons sur le site de la Maison Troisgros.

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Jobic 22/09/2018 10:45

Magnifique !que fait il l'hiver avec ses poteries car chez nous en Bretagne. Il gèle et la PAFF .la poterie casse.

Marie-Claire RAVE 23/09/2018 08:25

Le domaine comprend de nombreuses dépendances, je suppose qu’elles sont rentrées l’hiver. Si j’ai l’occasion de le savoir, je vous dirai.

Michèle 12/09/2018 07:40

Magnifique ! Que de réflexion et de travail derrière tout cela !

Marie-Claire RAVE 12/09/2018 08:13

Jardinier, un beau métier !