Liseron et chiendent, mauvaises herbes ou plantes bio-indicatrices ?

Publié le par Marie-Claire RAVE

Liseron et chiendent, mauvaises herbes ou plantes bio-indicatrices ?

En traînant dans les librairies parisiennes spécialisées, j’espérais feuilleter l’encyclopédie des plantes bio-indicatrices de Gérard Ducerf. Mais d’encyclopédie, point. J’ai fini par apprendre que sa maison d'édition, Promonature, a son siège à Briant, un petit village de ma région !
Nul n’est prophète en son pays.
J’ai donc passé commande.
En attendant la livraison, j’ai visionné les conférences de Gérard Ducerf, puis je me suis jetée sur les sites traitant du chiendent et du liseron, mes bêtes noires, sous cet angle nouveau pour moi. Tous reprennent les textes de Gérard Ducerf, quelquefois mot pour mot, soit en le citant, soit sans vergogne en omettant d’indiquer la source. C’est dire sa compétence unique dans le domaine des plantes bio-indicatrices.

liseron plante bio-indicatrice

Le principe des plantes bio-indicatrices
Dans la nature, il y a des graines de tout partout. Mais toutes ne deviendront pas une plante. Elles restent en dormance en attendant les conditions idéales pour germer : conditions de température, d’humidité, de pH du sol, de granulométrie, etc. Beaucoup ne germeront jamais.
Les plantes, pour coloniser de nouveaux territoires, ont développé chacune une spécialisation et sont donc liées à un type de sol bien précis. En connaissant finement les exigences de chaque plante, on peut, inversement, faire un diagnostic des sols et apporter les correctifs nécessaires à une fertilité optimale.
Pour être bio-indicatrice, une plante doit être dominante.
Quelques pieds de liseron ou de chiendent, bien qu’exaspérants pour le jardinier, ne suffisent pas à caractériser un sol. Il faut au moins 4 ou 5 pieds par mètre carré, ou 70% de couverture du sol pour être prise en compte dans le diagnostic. Votre jardin peut comporter plusieurs zones, avec des plantes dominantes différentes. La nature tendant toujours vers l’auto-régulation et l’équilibre, les plantes qui dominent sur une zone ont une fonction réparatrice, et nous indiquent comment aider le sol à devenir favorable à nos cultures sans aucune intervention de produits phytosanitaires.
Le but du jardinier ne sera pas forcément d’éradiquer la « mauvaise herbe », mais plutôt d’en faire une alliée, de poursuivre son travail réparateur tout en l’empêchant d’envahir les cultures.

liseron des champs

Le liseron des champs (Convolvulus arvensis)
C’est le petit liseron à petites fleurs roses ou blanches, qui envahit nos jardins et qui est capable d’étouffer nos plantes cultivées. Il ne doit pas être confondu avec le liseron des haies à grosses fleurs (Calystegia sepium).
S’il couvre au moins 70 % d’une zone du jardin, il indique un sol argileux lourd, trop riche en azote, ce qui trahit un excès de fertilisation (engrais, fumure). Il a une fonction réparatrice du sol dans la mesure où son réseau de racines crée des galeries exactement comme les vers de terre. Il permet de maintenir les bonnes mycorhizes du sol l’hiver, c'est-à-dire l'association racines-champignons qui permet aux racines d’absorber les minéraux. Il est également utile pour attirer les syrphes grands consommateurs de pucerons.
Comme le dit Gérard Ducerf, la solution est dans le problème : s’il y a trop d’azote,
- arrêter la fertilisation,
- planter autre chose afin d’introduire de la concurrence pour absorber l’azote, notamment au potager des légumes feuilles comme la salade ou les épinards et des légumes fruits comme les tomates ou les courgettes,
- incorporer du bois du bois broyé en surface afin que les micro-organismes du sol utilisent l’azote en excès pour décomposer ce bois et rétablissent un bon rapport C/N (précision pour les adeptes de la permaculture), tout en veillant à ne pas créer le déséquilibre inverse,
- aérer le sol à la bêche à dents ou à la grelinette sans le retourner,
- extraire en même temps les racines, jusqu’au moindre petit bout qui ne manquera pas de se bouturer, et pour la même raison, ne surtout pas le mettre au compost avant de l'avoir laissé griller au soleil.
Il s’agit donc de faire le travail que faisait le liseron à votre place, sans l’inconvénient de l’invasion de vos cultures.

chiendent

Le chiendent des champs (Elytrigia campestris)
S'il couvre également 70 % d'une zone du jardin, il indique un sol fatigué, destructuré par des labours excessifs. Il a besoin d'être régénéré par de la prairie naturelle multiflore. Le chiendent révèle aussi un excès de nitrates et de potasse, un compactage de sol limoneux à pH élevé, ainsi qu'un fort contraste hydrique. Il colonise les champs en culture intensive, les vignes, les vergers et les jardins cultivés de longue date.
Il est très utile pour limiter l'érosion des terrains en pente.

chiendent racines

La solution est aussi dans le problème :
- arrêter de retourner le sol,
- faire un désherbage naturel en couvrant le sol pendant quelques mois par une bâche noire ou un carton recouvert d'un épais paillage,
- puis extraire les rhizomes de chiendent à la bêche à dents ou à la grelinette sans le retourner, et sans laisser aucun fragment (chaque petite "dent de chien" est une nouvelle pousse prête à se développer),
- comme le liseron, ne pas le mettre au compost à moins de l'avoir laissé complètement griller au soleil,
- après désherbage et extraction des rhizomes, semer de  la prairie dans la pelouse ou de l'engrais vert au potager, suivi de plants de pommes de terre en culture de nettoyage.
On peut en laisser aussi dans un coin ou dans un pot pour les chiens et chats qui aiment en manger pour se purger. Les oiseaux s'en servent aussi pour construire leur nid.

Sources, informations complémentaires
Un autre intérêt des plantes bio-indicatrices : Avant d'acheter un terrain, regardez ce qui pousse !
L'encyclopédie des plantes bio-indicatrices, guide de diagnostic des sols chez Promonature

 


 

Publié dans Plantations, Aménagements

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Cub38 15/05/2019 14:36

J'ai regardé les formations de Gérard Ducerf, et tout ce qui a attrait aux plantes bio indicatrices. Je trouve ça très intéressant, mais je crains qu'on n'ait pas encore un recul suffisant. Gérard a en effet tendance à avoir des opinions très arrêtées, et parfois ridicules. Dans une de ces formations, il dit par exemple qu'il faut arrêter de coucher les engrais vert au rouleau, alors que c'est une pratique qui marche très bien et fait tourner le semi direct sur couvert végétal, qui représente 90% de l'agriculture en Argentine et 80% au Brésil grâce aux travaux de Lucien Séguy... Bref il a tendance à ne pas se remettre en question ce qui me fait me méfier sur certains de ces avis. Par exemple, est-ce vraiment seulement en arrêtant de travailler le sol que tu te débarrasseras des liserons/chardons/chiendents ? Ou est-ce que l'étape tout arracher ou tout bâcher pendant 6 mois en période poussante est indispensable ? Cette partie là n'est pas trop abordée.

Marie-Claire RAVE 17/05/2019 22:48

C'est en croisant les méthodes de plusieurs théoriciens, et surtout en les expérimentant, qu'on se forge sa propre opinion. Je remarque chez moi que les liserons sont affaiblis après une saison avec les techniques préconisées par G.D. (arrêter la fertilisation + aérer la terre sans la retourner + planter des plantes gourmandes en azote + ajout de bois broyé), sauf dans les pentes au-dessous des rosiers que l'on continue à nourrir. J'en conclus que l'analyse est globalement bonne, à vérifier sur plusieurs années. Ces méthodes douces sont sans doute assez lentes.