Avant d’acheter un terrain, regardez ce qui pousse !

Publié le par Marie-Claire RAVE

Photo Wikipedia

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Vous rêvez d'un jardin avec plein d'oiseaux, de papillons et de hérissons ? Mieux vaut fuir certains terrains… ce que votre agent immobilier ne saura pas ou ne vous dira pas. Ou alors bon courage ! Je vous ai déjà parlé de l'Encyclopédie des plantes bio-indicatrices de Gérard Ducerf. En la feuilletant je me rends compte que certaines plantes révèlent un sol complètement vérolé, voire irrécupérable.
Gérard Ducerf résume sur chaque fiche plante l'état global du sol où elle pousse, par un double logo :
- le logo agronomie, qui révèle la vie des sols agricoles,
- le logo écologie, qui révèle le dynamisme des milieux naturels.
Les deux logos peuvent être en contradiction apparente. En effet, "un très beau biotope naturel (logo vert) peut être peu fertile pour la pratique de productions agricoles (logo rouge), alors qu'un très bon terrain agricole fertile (logo vert) peut avoir été implanté par destruction (logo rouge) d'une pelouse à orchidées ou à fritillaire pintade, qui sont des espèces patrimoniales des biotopes vivants".
Chaque logo est vert, jaune ou rouge.
Je me suis amusée à rechercher les plantes qui cumulent un état "rouge" dans les deux catégories :
- logo agronomie rouge - sols dégradés, pauvres, en danger d'érosion ou de désertification,
- logo écologie rouge - milieux naturels anthropisés, dégradés par l'homme, toutes les espèces patrimoniales sont disparues ou en cours d'extinction.
Je vous rappelle que pour être bio-indicatrice, une plante doit couvrir 70 % du sol ou pousser à raison de 4 ou 5 pieds par mètre carré. Dans le cas contraire, sa graine a pu trouver une opportunité de germer dans un centimètre carré très particulier qui lui a convenu, sans pour autant révéler l'état de  la parcelle.
Voici une sélection de quelques plantes qui vous alertent sur les terrains à fuir, vous en trouverez d'autres dans les trois tomes de l'encyclopédie (que je vous suggère d'acheter ou de faire acheter par votre bibliothèque préférée).

Plante toxique bio indicatrice pollution des sols

Datura stramonium (datura stramoine, pomme épineuse)
C'est une plante exotique qui s'est naturalisée en France, plus particulièrement abondante dans le sud. Elle est de plus en plus envahissante.
Elle est extrêmement toxique, souvent mortelle.
Elle révèle une pollution des sols par les eaux des rivières et des fleuves lors des crues. La pollution peut être d'origine agricole (engrais, pesticides), industrielles ou urbaines.
Dans certains cas, beaucoup plus rares, la pollution peut provenir d'infiltrations de lisiers, de purins ou de fosses septiques.
Elle trahit également des remontées de sels dans les sols compactés des régions littorales, la salinisation des sols par excès d'irrigation.
Il y a quelques années, nous avons fait livrer de la terre végétale et du compost dont la municipalité souhaitait se débarrasser, et nous avons vu fleurir subitement des dizaines de pieds de datura stramoine, mais c'était avant de connaître le travail de Gérard Ducerf. Nous avons donc consommé les légumes ayant poussé dans cette terre ! Après quelques années de mélanges de terre et d'amendements, le datura a disparu.

Plante bio-indicatrice sol dégradé pauvre décomposition

Phytolacca americana (raisin d'Amérique, phytolaque)
C'est une grande plante de deux mètres de hauteur, qui porte des grappes dressées de fleurs blanches, puis de petits fruits noirs très toxiques.
On la rencontre dans les terrains vagues et les friches, dans les coupes de bois à blanc, notamment après le déboisement des forêts de pins dans les Landes et le Sud-Ouest.
Elle révèle un engorgement total en humus forestier et en matière organique archaïque, c'est-à-dire non mobilisable, presque "fossilisée", un excès de bois en décomposition.

Plante invasive envahissante  bio-indicatrice détruire

Reynoutria japonica (renouée du Japon)
… et sa cousine Reynoutria sachalinensis (renouée des Iles Sachalines)
Elles sont originaires des sols métallifères de ces deux régions.
Ce sont deux pestes végétales de 4 à 6 mètres de haut, qui disparaissent en hiver, mais au printemps, ses pousses peuvent croître de 2 mètres par mois. Elles sont invasives et indestructibles ! La seule solution pour s'en débarrasser est de les recouvrir d'une dalle de béton ou d'une plaque métallique pendant dix ans au moins.
Elles ont été introduite par la route de la soie au Moyen-Age comme plante fourragère puis au XVIIIe siècle comme ornementale, elle explose aujourd'hui. Elle illustre parfaitement la capacité des graines à rester en dormance très longtemps en attendant des conditions favorables.
Elles révèlent une pollution des sols aux métaux, particulièrement métaux lourds et aluminium.

Plante bio-indicatrice sol inondé lessivé sel pesticides

Xanthium strumarium (lampbourde)
C'est une plante exotique qui s'est naturalisée dans le sud de la France. Elle porte des gros fruits hérissés d'épines arquées et crochues.
Elle révèle un excès d'azote, un tassement des sols provoquant des hydromorphismes et des anaérobioses, c'est-à-dire les mêmes défauts qu'une terre gorgée d'eau qui ne comporte que des bactéries vivant sans oxygène (alors que ce sont les bactéries aérobies, vivant au contact de l'oxygène, qui rendent un sol vivant).
Elle révèle aussi un début de salinisation par excès d'irrigation, ou une pollution par les eaux d'inondation des fleuves et des rivières ou par les pesticides agricoles.

Plante bio-indicatrice pollution des sols intrants chimiques labours profonds

Ambrosia artemisiifolia (ambroisie à feuilles d'artémise)
Originaire des dunes sableuses des déserts d'Amérique du Nord, elle s'est naturalisée en France dans les dunes littorales et celles des grands fleuves, et on la retrouve dans les cultures intensives, les jachères, les bords des routes et des chemins, les espaces perturbés par les grands travaux routiers et urbains, les friches industrielles.
Son pollen est extrêmement allergène et provoque des désordres pulmonaires et respiratoires graves.
Elle révèle une perte d'humus, une déstructuration des argiles par les intrants chimiques provoquant la disparition du complexe argilo-humique (qui stabilise habituellement le sol) et la réduction des sols en poussière, ainsi que la stérilisation des sols par bouleversement des couches anaérobies dû aux labours trop profonds (qui détruit la bonne répartition des bactéries dans le sol et le sous-sol) et aux travaux routiers et urbains.

Sources, informations complémentaires
Retrouvez les autres plantes indicatrices des sols défavorables dans L'encyclopédie des plantes bio-indicatrices, guide de diagnostic des sols chez Promonature
et dans la série des plantes bio-indicatrices, l'article sur le liseron et le chiendent.

 

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