Le chêne, hotspot de biodiversité

Publié le par Marie-Claire RAVE

Le chêne, hotspot de biodiversité

Un point chaud de biodiversité, c'est ainsi que deux universitaires, dans un article de décembre 2016, ont qualifié le chêne, avec un pointe d'humour puisque ce terme s'applique ordinairement à de grandes régions du monde, comme  le bassin méditerranéen ou Madagascar. En se limitant à trois espèces présentes en Roumanie, ils ont listé 290 organismes pathogènes, champignons vivant en symbiose avec le chêne et insectes générateurs de galle.
Le chêne est aussi l'arbre qui abrite le plus grand nombre d'espèces d'insectes. Son écorce est un paysage de lichens et de mousses.
Mais pour abriter tout cela, il lui faut du temps. En plantant un chêne, vous travaillez pour les générations futures. Il lui faudra une ou deux générations humaines pour devenir imposant, puis il couvrira 500 m² et pourra espérer, selon les espèces, vivre plusieurs siècles, jusqu'à plus de 1000 ans pour le chêne pédonculé.
Pour toutes ces raisons, mon plaidoyer pour le chêne s'adresse aux propriétaires de grands terrains et aux gestionnaires d'espaces publics ou privés, dans une vision à long terme ; ils peuvent d'adresser aux CAUE locaux pour aller plus loin dans le choix des espèces (Conseils d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement).

Mousses, lichens, galles du chêne (en juin et novembre)
Mousses, lichens, galles du chêne (en juin et novembre)Mousses, lichens, galles du chêne (en juin et novembre)

Mousses, lichens, galles du chêne (en juin et novembre)

Et que sera le climat dans mille ans ?
Chaque région a son chêne ou ses chênes : pédonculé, sessile, liège... vert, rouge, chevelu, pubescent... Il existe plusieurs centaines d'espèces, et la sagesse voudrait que l'on plante plusieurs espèces pour parer à toute éventualité.

Le chêne, hotspot de biodiversité

Papillons, insectes

Oui, ceci est un papillon !

Les papillons
Voici la "feuille morte du chêne", Gastrophacha quercifolia, un papillon champion du monde de camouflage,  quoique... elle se déguise en feuille d'automne en plein été. C'est un grand papillon de nuit, on peut le trouver de jour au repos en cherchant une feuille morte au milieu des feuilles vertes.
Le chêne nourrit aussi :
- le Bombyx du chêne (Lasiocampa quercus) appelé aussi Minime à bandes jaunes, 
- le sphinx du chêne (Marumba quercus),
- la tordeuse verte du chêne (Tortrix viridana), tout petit papillon vert tendre mais un peu ravageur, sans toutefois mettre les arbres en danger,
- la boarmie du chêne (Hypomecis roboraria), dont la chenille, une autre championne du monde de camouflage, se déguise en brindille, et en cas de danger, se dresse à 45 ° sur une branche,
- la processionnaire du chêne, chenille du papillon Thaumetopoea processionea, à surveiller car elle est très urticante, mais boulotée par le calosome sycophante (Calosoma sycophanta), un autre habitant du chêne  de la grande famille de scarabées.
...Sans compter tous les papillons qui, même n'étant pas "du chêne", se nourrissent de plusieurs espèces de feuillus, dont le chêne.
Les galles
Il existe un partenariat entre les chênes et une famille de minuscules insectes, les cypnidés. L'insecte pond sur l'arbre, qui en réaction développe des excroissances qui vont permettre aux larves de se développer bien à l'abri. A chaque espèce sa galle. Ci-dessus, un exemple de galle du chêne sur un chêne pédonculé, vert clair au printemps puis orange ocre en automne. La "pomme du chêne" est une autre galle, plus volumineuse et irrégulière, qui peut atteindre 5 cm de diamètre. 
Toutes ces galles sont inoffensives pour l'arbre.
Autres insectes : une mention spéciale pour le lucane cerf-volant (Lucaneus cervus)

Lucane mâle et femelle (Wikipedia)

Si par un soir d'été vous voyez passer un gros insecte volant (8 à 9 cm) très bruyant et volant pratiquement en position verticale, c'est lui. Il niche dans les cavités des vieux arbres et se nourrit  de la sève de feuillus, avec une nette préférence pour le châtaignier et le chêne. Sa larve se nourrit de bois mort ou pourrissant. Par rapport au stade de la larve, qui dure trois à six ans, le stade adulte est bref, environ un mois.
Il est protégé par une directive européenne, mais l'exploitation forestière, qui veut des bois propres, sans arbres morts, fait ainsi disparaître son habitat privilégié, les vieilles forêts de chênes, et sa nourriture.
Le lucane cerf-volant, comme la plupart des coléoptères mangeant du bois, est ainsi en forte régression dans les forêts d'Europe. Plantons des chênes et gardons du bois mort !

Oiseaux

Sitelle torchepot

A ma connaissance, le seul oiseau dont le nom fait référence au chêne est le geai des chênes. Il est omnivore mais son alimentation est constituée à 50 % de glands.
Les pics-verts et pics épeiche sont attirés par les chênes à la fois pour les glands et pour les  insectes qui se cachent dans le bois et les mousses vivant sur l'écorce.
Je préfère vous parler de la sitelle torchepot, qui fait une utilisation tout-à-fait originale du chêne. Le chêne est idéal pour elle car elle aime les grands arbres qu'elle parcourt indifféremment en montant ou en descendant, la tête en bas, et voit donc dans les rides de l'écorce ce que les autres oiseaux ne voient pas, et surtout, elle se sert des crevasses pour y coïncer les glands ou les noisettes et les décortiquer à son aise. Chez moi elle chipe en une seconde les demi-noix que je destine aux écureuils et les emporte comme une fusée vers les chênes.

Ecureuils

Ecureuil roux

Les chevreuils et les sangliers adorent les glands, mais ces animaux sont un peu encombrants dans un jardin. Parmi les consommateurs de glands, je préfère attirer les écureuils. Comme les geais, ils font des réserves qu'ils enterrent pour l'hiver, mais bien souvent ils ne les retrouvent pas. Ils  participent donc gratuitement aux travaux de régénération de la forêt.

L'écorce, étau et boîte à trésors pour la sitelle
L'écorce, étau et boîte à trésors pour la sitelle
L'écorce, étau et boîte à trésors pour la sitelle

L'écorce, étau et boîte à trésors pour la sitelle

Le Chêne de Flagey, Gustave COURBET, 1864, Musée Gustave Courbet à Ornans (Doubs)

Le Chêne de Flagey, Gustave COURBET, 1864, Musée Gustave Courbet à Ornans (Doubs)

Sources, informations complémentaires
L'article (très très pointu, ce n'est pas un article de vulgarisation !) de Ecaterina FODOR et Ovidiu HARUTA, Université de Oradea (Roumanie), Quercus robur, Q. cerris and Q. petraea as hot spots of biodiversity.
Le site de la FN CAUE (Fédération Nationale des Conseils d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement), dossiers thématiques environnement :
continuités écologiques, trames vertes et bleues,
préservation et valorisation des zones naturelles,
gestion des jardins et de la biodiversité,
gestion des ressources naturelles, etc.
Un dossier très pédagogique sur les galles du chêne sur le site Animateur Nature.
Un dossier de l'INRA sur la processionnaire du chêne.
Pour tous les insectes cités, insectes.net.
Pour participer à la préservation et à la plantation de haies, l'association La Haie donneurs

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