La pyrale du buis

Publié par Marie-Claire RAVE

Les broderies de buis des Jardins de Marqueyssac en Dordogne

Les broderies de buis des Jardins de Marqueyssac en Dordogne

C’est le seul papillon qui s’est invité chez nous tout seul et que je combats. Arrivé d’Asie et favorisé par l’absence de prédateur, peut-être aussi par le réchauffement climatique et l’éclairage nocturne, Cydalima perspectalis progresse en Europe en ravageant le buis sur son passage.

Les signaux de détresse

La pyrale attaque le buis par l'intérieur. Lorsque les premiers symptômes apparaissent à la surface, le buis est déjà largement affaibli et il faut réagir vite.
La première feuille de la photo a été attaquée par la chenille à son premier stade, qui se contente de consommer la cuticule de la feuille. Puis la chenille mue quatre fois, et à chaque mue elle devient plus vorace. Elle attaque ensuite les deux faces de la feuille, qui sèche, puis toute l'épaisseur en laissant souvent le bord, et enfin, quand il n'y a plus de feuilles, elle attaque l'écorce. Le buis ne peut plus reconstituer son feuillage, il meurt.
Un autre signe peut être décelé au sol ou dans le feuillage : des granulés d'un vert kaki terne sont en réalité les déjections de la chenille.

Toutes les qualités pour être invasive
La pyrale est venue d'Asie. Elle n'a pas, ou pas encore, de prédateur chez nous, alors que dans sa région d'origine elle est attaquée par le frelon asiatique.
Comble de malchance, c'est un papillon de nuit qui, contrairement aux autres papillons de nuit, pond plusieurs fois par an. On peut donc trouver plusieurs générations dans le même arbuste, depuis le premier stade de la chenille de quelques millimètres jusqu'au dernier stade, de 4 centimètres, et à la chrysalide. Il est donc prudent de l'éliminer rapidement et d'anticiper les futures invasions exponentielles !

Traitement d'urgence
L'eau et l'huile de coude
Une fois que le mal est constaté, chaque jour compte.
Première solution : enlever les chenilles à la main. Pas besoin de gants, elles ne sont pas urticantes.
Deuxième solution : pulvériser de l’eau, au karcher si nécessaire, par le dessous des feuilles, voire par l’intérieur du buis.

Un seul traitement biologique connu : le bacille de Thuringe
En dernier recours, pulvériser une solution à base de bacille de thuringe (à acheter en jardinerie). Eviter de pulvériser sur les fleurs voisines, car cela tue aussi les abeilles.
Il s’agit d’une bactérie qui s’attaque au système digestif de la chenille, qui ne peut plus se nourrir et meurt.
Il existe aussi des pièges à phéromones, qui attirent les mâles et les empêchent de se reproduire.

Le traitement préconisé par la permaculture
Une pulvérisation de purin d'ortie par jour pendant 15 jours devrait venir à bout des chenilles, c'est juste un peu  plus contraignant et odorant, mais ça vaut la peine de tenter.

La pyrale du buisLa pyrale du buis

Prévention
En connaissant bien le cycle de vie de la pyrale, il est possible de prévenir les attaques et donc de limiter les traitements.
Comme tous les papillons, la pyrale du buis passe par quatre stades :
1. L’œuf
2. La chenille, qui elle-même présente plusieurs stades, appelés instars
3. La chrysalide
4. L’imago , c’est-à-dire le papillon adulte.

La chenille (4 cm),     la chrysalide (env. 2 cm)     et l'imago (env. 4 cm)La chenille (4 cm),     la chrysalide (env. 2 cm)     et l'imago (env. 4 cm)La chenille (4 cm),     la chrysalide (env. 2 cm)     et l'imago (env. 4 cm)

La chenille (4 cm), la chrysalide (env. 2 cm) et l'imago (env. 4 cm)

Le cycle de la pyrale du buis se déroule sur deux mois environ d’œuf à œuf (45 jours en laboratoire à 25°).
Le papillon pond sur la face inférieure du feuillage. Puis l’œuf éclot au bout de 48 heures et donne naissance à une chenille de quelques millimètres. La chenille mue ensuite quatre fois en grossissant très vite. Elle se nymphose ensuite en une chrysalide d’abord verte, puis brune. La chrysalide se transforme au bout d'un mois en un papillon qui pond sur le buis et le cycle recommence.
La pyrale passe l’hiver sous forme de jeune chenille protégée par un hibernarium, sorte de logette de soie blanche tissée entre deux feuilles, à l'intérieur de l'arbuste.
On peut tenter d’agir à chacun des stades.
La vigilance commence l’hiver. On peut « peigner » le buis pour éliminer les fils et cocons de soie qui protègent les jeunes chenilles. Au printemps, la première vague apparaît, celle qui dormait l'hiver. Au moindre signe décrit plus haut, cuticule attaquée, frisottis ou feuilles sèches, il faut "ouvrir" le buis et enlever les premières chenilles à la main ou les chasser au karcher.
Vous pouvez également repérer les chrysalides et les enlever à la main.
Sachant que trois voire quatre vagues se succèdent sur la saison, printemps, juin, juillet et septembre, l’opération est à renouveler régulièrement.
En fin de printemps, c'est le stade du premier papillon, mais il ne vole que la nuit, sauf s'il est dérangé. Le jeu consiste à repérer son arrivée et à l'éloigner des buis par une pulvérisation de purin de consoude. Le piège à phéromones cité plus haut peut aider à piéger les premiers adultes. C'est aussi le moment de chasser les œufs dès les premières pontes, en les décollant à l'eau.
Sachant également que c’est un papillon de nuit attiré par l’éclairage nocturne, il est sage de limiter l’éclairage du jardin.
En revanche, je cite la méthode signalée par le Journal de Saône-et-Loire, près de chez moi, dans un jardin à la française. Elle exploite cette attirance du papillon pour la lumière. Il s'agit de placer près des buis des bassines d'eau mélangée à du liquide vaisselle et éclairées la nuit. Les pyrales adultes sont attirées et s'y noient par centaines, ce qui est bien plus efficace que le piège à phéromones.
Autre expérience : il a été observé que sur des buis "peignés", c'est-à-dire débarrassés des fils de soie, les moineaux et les mésanges bleues, en période de nourrissage de leurs petits, consomment des chenilles.

Le dernier recours : couper le buis et espérer qu'il repoussera
Si le buis a encore assez de ressources pour repartir, on peut l'aider en ajoutant du compost autour du pied et en arrosant beaucoup.
Lorsque l'écorce est attaquée, la seule solution est de couper l'arbuste et de brûler les déchets de taille. Ne pas les mettre au compost, cela risquerait de le contaminer.

Une idée : pourquoi pas créer un réseau d'alerte ?
Il n'existe à ma connaissance aucune cartographie interactive pour repérer la progression de chacun des stades au jour le jour, et ainsi déclencher les traitements préventifs. J'y songe.

Sources, informations complémentaires
Le programme national de recherche SaveBuxus 2014-2018
Pour la méthode des bassines éclairées, le JSL, Journal de Saône-et-Loire du 8 août 2017 et celui réservé aux abonnés du 9 août 2017.